Les perspectives de croissance du marché des produits d'épargne
20 juillet, 2003 par
Les perspectives de croissance du marché des produits d'épargne
Les Echos Etudes


Le marché de l’épargne financière a bénéficié jusqu’à mi-2001 d’une conjonction de facteurs favorables : environnement économique porteur, hausse du pouvoir d’achat des ménages, baisse du taux de chômage, hausse des marchés actions qui a contribué à « financiariser » l’épargne des ménages comme le précise notre étude de marché. La situation a ensuite changé sous l’effet de la chute des marchés actions et de la baisse des taux qui ont occasionné des pertes en capital et réduit les rendements. Néanmoins, l’effort d’épargne est resté important sous l’effet :
􀀹 des réformes sur la retraite par répartition,
􀀹 de la crise économique qui s’est traduite par un gonflement de l’épargne de précaution.
Le taux d’épargne devrait être proche de 17 % fin 2003, ce qui est accrédité par un net ralentissement de la consommation des ménages en fin d’année. Pour élaborer les perspectives 2008, nous avons retenu plusieurs hypothèses. Nous sommes partis du principe que les principaux facteurs de croissance du marché seraient :
􀀹 la progression du PIB avec un scénario central de croissance molle qui exclut une hausse naturelle des flux d’épargne, portée par la seule bonne orientation de la conjoncture ;
􀀹 la persistance d’une forte volatilité sur les marchés actions mais une progression moyenne de l’ordre de 6 % sur la période ;
􀀹 une légère hausse des taux d’intérêt (avec impact positif sur les taux de l’épargne administrée et un impact négatif sur l’immobilier, par le jeu du renchérissement du coût du crédit) ;
􀀹 une inflation à 2 % qui permet de calculer l’hypothèse basse d’évolution moyenne des encours (maintien du pouvoir d’achat de l’épargne) ;
􀀹 une faible hausse du pouvoir d’achat (les salaires constituent des variables d’ajustement dans un contexte de maintien à un niveau élevé du taux de chômage, les entreprises ne laissent pas filer les frais de personnel et accordent de faibles augmentations générales. De plus, l’inflation réelle est supérieure à l’inflation officielle et pèse sur ce pouvoir d’achat) ;
􀀹 le maintien d’un taux de chômage élevé sur fond de précarisation persistante de l’emploi (l’hypothèse de remplacement mécanique des salariés partant à la retraite nous semblant sujette à caution car elle ne prend pas en compte le fait que les entreprises vont dégager à cette occasion d’importants gains de productivité, le scénario de reprise sans emploi ou plutôt avec des emplois précaires l’emportant).
En matière de comportements d’épargne, la préparation de la retraite sera un moteur du marché. Elle sera toujours principalement assurée par l’investissement immobilier et les produits longs du type assurance vie. Le taux d’épargne des ménages sera aussi soutenu par un sentiment d’inquiétude (baisse inéluctable de la prise en charge des dépenses de santé, financement de l’avenir des enfants, menaces sur la pérennité de l’emploi etc.). L’épargne retraite et l’épargne de précaution vont simultanément soutenir le marché, ce qui est cohérent avec le scénario d’une croissance économique médiocre (l’arbitrage s’effectuant au détriment de la consommation). La montée en puissance des nouveaux dispositifs d’épargne retraite devrait être lente (surtout si de nouveaux changements politiques interviennent et si les caractéristiques du PERP demeurent proches de ce qu’elles sont aujourd’hui, rendant le produit peu attrayant). Au final on peut formuler trois scénarios pour l’évolution du marché de l’épargne à horizon 2008 :
􀀹 hypothèse basse : on considère qu’un point bas est durablement atteint en termes de valorisation des actifs boursiers, que l’attrait de l’épargne liquide est faible (taux bas décourageant l’épargne liquide et contractuelle), que l’immobilier reste attractif (effet d’éviction sur l’épargne financière) mais que l’épargne de précaution reste élevée ;
􀀹 hypothèse centrale : c’est le scénario médian ;
􀀹 hypothèse haute : forte hausse des marchés actions (actifs boursiers en hausse de 6 %, ce taux donnant le taux de croissance moyen de l’épargne financière en stock), report des investissements vers les actifs boursiers au détriment de l’immobilier (c’est en quelque sorte le scénario 2000 qui est historiquement exceptionnel), stagnation de l’immobilier qui a bénéficié durant plusieurs années de la conjonction d’une série de facteurs positifs (niveau des taux d’intérêt historiquement bas, augmentation du revenu des ménages, flambée des prix des loyers qui ont conduit des locataires à accéder par défaut à la propriété, chute de la bourse, passage de la TVA à 5,5 % pour les travaux de rénovation, dispositifs fiscaux favorables : Périssol et Besson), hausse des taux encourageant l’épargne financière, maintien d’un niveau d’épargne de précaution élevé, nouveau cycle d’épargne tiré par la retraite. Ceci permet de dégager une tendance de fond. Choisir une date de référence est très aléatoire car les marchés sont volatiles, l’évolution de la conjoncture économique incertaine et les aléas nombreux (exemple : suppression de l’assurance vie qui remettrait beaucoup de choses en question mais qui semble peu probable avant les prochaines présidentielles). Notre objectif a été de tenter de dessiner le plus raisonnablement l’avenir et de baliser un sentier de croissance.

En termes de produits, sur la base du cadre réglementaire actuel, il est difficile de se livrer à une prospective mais il est possible d’identifier des tendances en termes d’encours et de flux. L’épargne liquide va évoluer en fonction du niveau des taux d’intérêt (une hausse des taux redonnerait de l’attrait aux monétaires ce qui est tout à fait envisageable au vu de la faiblesse des taux actuels) et de l’épargne de précaution qui est une épargne liquide alimentée davantage par l’inquiétude que par une espérance de rendement. Les produits entrant dans cette catégorie figurent parmi les valeurs sûres et devraient conserver leur part dans l’épargne financière. Les évolutions réglementaires (convergence des taux administrés et des taux de marché) devraient banaliser l’épargne liquide réglementée et rendre ce compartiment plus concurrentiel. L'épargne bloquée va subir l’impact de la suppression du PEP (l’encours devant toutefois se maintenir) ainsi que du changement de régime du PEL (pour les nouveaux contrats). L’effet d’aubaine devrait soutenir la collecte sur les PEL d’ancienne génération (qui présentent une rémunération attractive). L’épargne bloquée conservera un caractère attractif (le PEP assurance pour ses avantages fiscaux, l’ancien PEL pour sa rémunération et le nouveau PEL pour le niveau du taux auquel est consenti le prêt après épargne préalable). Par ailleurs, le PEL est une « figure imposée » de l’épargne car il peut répondre à un besoin de placement mais aussi préparer une acquisition immobilière (constitution d’un apport personnel dont le niveau a un impact important sur le coût du crédit consenti à l’emprunteur). Cette épargne devrait au final être peu affectée par les évolutions réglementaires. Le besoin de constitution d’une épargne longue en vue de la retraite va favoriser l’assurance vie et ses succédanés (c’est déjà le cas, bien que ce produit ne soit pas dédié à cela). L’assurance vie joue aussi un rôle majeur en termes de transmission de patrimoine qui la rend incontournable dans
toute stratégie patrimoniale. La situation pourrait changer si les pouvoirs publics décidaient de supprimer les avantages fiscaux dont bénéficient l’assurance vie pour pousser, par défaut, les nouveaux dispositifs individuels (PERP). Hormis ce cas de figure, l’assurance vie ne devrait pas être concurrencée dans l’immédiat par les nouveaux dispositifs. Ceux ci devraient monter progressivement en puissance car il faut que les clients s’habituent, que les réseaux mettent au point des offres et que les clients adhèrent à un produit très contraignant, ce qui est loin d’être certain si l’on se réfère aux exemples allemands et anglais (blocage des fonds jusqu’à la retraite ce
qui est dissuasif pour de très nombreux ménages qui veulent conserver une souplesse dans la gestion, sortie en rente). Enfin, les nouveaux produits retraite (PERP et PPESVR) sont placés en concurrence, notamment les contrats individuels et collectifs (les contrats Madelin devant être traités à part) du fait des avantages fiscaux qui sont consentis (déduction fiscale des versements dans la limite de 10 % des revenus professionnels plafonné à huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale. Le montant est calculé en faisant la somme des versements sur le PERP, des versements sur les contrats individuels de type Préfon, Madelin, Corem, de l’abondement de l’entreprise au PPESVR, des versements des employeurs sur les contrats article 83). L’assurance vie n’est pas menacée même si l’âge d’or est révolu. Elle devrait perdre son quasi monopole en termes de produit destiné à préparer individuellement sa retraite tout en restant « le placement préféré des français ». L’assurance vie serait détrônée si des réformes drastiques comparables à celles susceptibles d’êtres adoptées en Allemagne étaient prises (suppression de l’assurance vie en 2005 pour assurer par défaut le décollage du produit retraite prévu par la réforme Riester qui peine à trouver son public). Cette analyse doit cependant être nuancée en fonction des segments de clientèle. Il en va en effet différemment pour la clientèle haut de gamme et patrimoniale qui devrait saisir les occasions d’optimisation fiscale offertes par les nouveaux dispositifs. La part de l’épargne longue devrait augmenter mais c’est surtout une réaffectation des encours au sein des placements en assurance vie/retraite qui risque de se produire. La part des titres devrait croître parce que les marchés actions se sont repris et que les distributeurs ont mis sur le marché des fonds à formules atténuant les risques (et les perspectives de gains). La croissance sera freinée par la crainte des épargnants qui sont nombreux à avoir affiché des pertes en capital suite à des investissements en propre ou par le biais de l’épargne salariale (actionnariat salarié) et qui cherchent à sécuriser leur épargne (notamment la génération arrivant à la retraite). À ceci s’ajoutent le manque de visibilité dû à la volatilité des marchés, le souci de diversifier les supports d’épargne et la concurrence de l’immobilier qui s’inscrit parfaitement dans la
préoccupation de préparation de la retraite. Enfin, il est possible d’investir en titres au travers de l’assurance vie en UC et de procéder facilement à des arbitrages sur de nombreux contrats d’assurance vie. Au final, au niveau de l’épargne financière, ce sont les produits d’épargne retraite qui devraient enregistrer la plus forte croissance. L’assurance vie qui devrait conserver sa prééminence. La part de l’épargne liquide et de l’épargne contractuelle devrait logiquement un peu diminuer et celle des titres
légèrement progresser. Sauf changement majeur dans l’environnement macro économique, la structure de l’épargne financière devrait peut changer. L’ensemble assurance vie/PERP devrait continuer à drainer environ 50 % des flux d’épargne financière et restera au coeur de l’offre grand public. Les enjeux des évolutions réglementaires touchant les produits de capitalisation pour la retraite diffèrent pour les différents compétiteurs et doivent tenir compte de la structure de la clientèle. Les banques qui dominent le marché de l’assurance vie vont avoir pour objectif premier de défendre leurs parts de marché d’où la mobilisation de leurs réseau (prés souscriptions) qui est avant tout défensive. En effet, la plupart des réseaux ne croient pas vraiment au produit (sauf pour la clientèle aisée en recherche d’économies d’impôts). Les assureurs, les mutuelles et les IP peuvent tenter de tirer profit de ces évolutions pour reprendre l’initiative et augmenter leurs parts de marché mais elles devront composer avec un produit qui sur ses bases actuelles n’est pas attractif. Les réformes ont cependant l’avantage de sensibiliser les épargnants et de permettre aux réseaux de distribution l’importance de l’enjeu concurrentiel.

Les perspectives de croissance du marché des produits d'épargne
Les Echos Etudes 20 juillet, 2003
Partager ce poste
Archiver