[INTERVIEW] - L'idée est de mutualiser les demandes

[INTERVIEW] - L'idée est de mutualiser les demandes

Mohamed Haryouli propose aux taxis, aux ambulanciers et à l’Assurance maladie une solution technique pour favoriser l’essor du transport partagé de malades.

Quel est votre parcours ?


Mohamed Haryouli : je me suis reconverti il y a 13 ans dans la profession d’artisan taxi dans le Lot-et-Garonne. Mon entreprise a rapidement prospéré, car je suis dans une zone pauvre en solutions de transport, ce qui m’a permis de créer 3 emplois, puis de m’associer avec un ambulancier. Aujourd’hui, nous avons ensemble un effectif d’une vingtaine de personnes.
Le métier de taxi en zone rurale est très différent par rapport à la ville. Ici, nous réalisons environ 90 % de notre chiffre d’affaires avec l’Assurance maladie, grâce au transport sanitaire. Tandis qu’en ville, ce serait plutôt l’inverse, la majorité de l’activité correspond à du taxi « pur ».

Comment vous est venue l’idée de Transsimult ?

M. H : les dépenses de transport sanitaire augmentent très rapidement et vont continuer à croître à un rythme soutenu au cours des prochaines années. Les raisons sont connues : poids croissant des affections de longue durée, vieillissement de la population, développement de la chirurgie ambulatoire, diminution des durées d’hospitalisation... Or, une des solutions pour brider ces dépenses, c’est de développer le transport partagé, c’est-à-dire le transport de 2 à 3 personnes dans un véhicule pour diminuer la facture. L’Assurance maladie nous permet et nous encourage déjà à le faire. Mais, en pratique, nous n’avons pas de solution technique pour organiser le transport partagé. C’est l’origine de mon idée et du nom Transsimult pour Transport Simultané.
J’ai commencé à coucher cette idée sur le papier il y a 2 ans. Je me suis ensuite rapproché de l’INPI pour vérifier si un dispositif similaire n’existait pas déjà sur le marché. Comme ce n’était pas le cas, je me suis lancé. J’ai alors démarché une agence interactive pour développer le site pour les patients et l’application pour les professionnels qui ont vu le jour le 18 mars 2019.

Quel est le principe de Transsimult ?

M. H : l’idée est de rationaliser et de mutualiser les demandes de transport sanitaire. Concrètement, les patients se connectent simplement sur le site Transsimult et pré-réservent un transport pour leur rendez-vous à motif médical. Dans un second temps, notre algorithme va établir des corrélations dans un rayon de 50 km, la zone généralement couverte par un chauffeur. Il va rechercher un deuxième patient, voire un troisième, dont le parcours est similaire. Puis il va trouver un chauffeur, un taxi ou un ambulancier équipé d’un véhicule sanitaire léger, pour réaliser le trajet. Ensuite, le fonctionnement pour le patient et pour le professionnel est le même : le premier fournit au second sa prescription médicale de transport et l’Assurance maladie rémunère le chauffeur.
Ce type de solution est particulièrement adapté au transport sanitaire car, à l’exception des cas d’urgence, les patients connaissent à l’avance la date de leur rendez-vous.

Quels sont les avantages pour les parties prenantes ?

M. H : pour l’Assurance maladie, l’avantage est évident. Je leur fournis gratuitement une solution qui peut permettre de limiter la progression des dépenses de transport sanitaire. Selon M. Schifano, président de la Fédération nationale du transport sanitaire, le développement du transport partagé pourrait faire économiser 600 M€ par an à la Sécurité sociale, ce qui n’est pas négligeable. Ce ne sera peut-être pas autant, mais en aucun cas mon dispositif n’augmentera le déficit.
Pour les professionnels, on pourrait croire que la peur de perdre des courses à cause de la mutualisation est un frein. Mais, en réalité, la demande est aujourd’hui tellement forte qu’il est déjà difficile de la satisfaire. Cela fait 13 ans que je fais ce métier et tous les soirs, vers 17h, nous nous appelons entre collègues pour essayer de trouver des chauffeurs qui pourraient honorer les courses que nous ne pouvons absorber avec notre flotte. Nous sommes en permanence en flux tendu et l’organisation, telle qu’elle existe aujourd’hui, est mauvaise. L’idée avec Transsimult est de travailler plus intelligemment puisque l’algorithme pourra réguler les flux. Car la demande est là et elle va continuer à augmenter.
Enfin, pour les patients, il y a trois éléments. Tout d’abord, le transport partagé est un levier pour préserver notre système de solidarité en réduisant les dépenses pour l’Assurance maladie. Ensuite, c’est également un moyen de réduire le nombre de trajets et donc de faire baisser les émissions de CO2 liées à cette activité. Enfin, il est possible d’imaginer une incitation financière au recours au transport partagé, par exemple en exonérant les patients de la franchise lorsqu’ils jouent le jeu.
À noter que pour les patients et l’Assurance maladie, l’utilisation de Transsimult serait gratuite. Pour les professionnels, il s’agit aujourd’hui d’un abonnement d’une vingtaine d’euros par mois, avec deux formules, semestrielle ou annuelle. Le tarif ne dépendant pas du volume d’activité réalisé grâce au site.

Où en êtes-vous aujourd’hui  ?

M. H : le site n’a pas encore réellement démarré, car nous n’avons pas suffisamment de réservations pour créer les corrélations. 7 entreprises se sont intéressées à ce dispositif. Mais pour que cela fonctionne, il faut d’un côté, beaucoup de réservations et de l’autre, beaucoup de professionnels pour y répondre. 
Aujourd’hui, je démarche le payeur, c’est-à-dire les caisses primaires d’Assurance maladie (CPAM) dans chaque département. C’est un chantier un peu lourd, mais il m’a paru plus judicieux d’aller directement voir leurs directions pour leur expliquer le fonctionnement, les tenants et les aboutissants de ce dispositif, puisque c’est dans leur intérêt de le promouvoir et que la solution a vocation à être nationale. C’est également plus simple pour les CPAM de relayer l’information à la fois auprès des patients et des chauffeurs puisque ceux-ci sont conventionnés. Grâce à la Sénatrice du Lot-et-Garonne, j’ai également contacté la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en octobre 2018 et celle-ci a demandé un examen approfondi du dispositif à son cabinet. Mais je n’ai pas de retour pour l’instant. 
C’est un peu frustrant de voir que les choses n’avancent pas aussi vite que je le souhaite, que ce soit au niveau des CPAM ou du ministère, alors que je leur fournis une solution qui permettrait de faire des économies importantes. J’ai tout de même eu un premier contact avec le directeur financier de la CPAM du Lot que j’ai rencontré et qui s’est montré très intéressé. Nous sommes en train de déterminer avec un avocat la meilleure méthode légale pour avancer et pour que la CPAM puisse promouvoir la solution auprès des usagers.


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