[INTERVIEW] MONORDO, PREMIÈRE PHARMACIE  100 % SERVICIELLE
Installée à Toulouse, la première pharmacie MonOrdo associe PDA, numérique et accompagnement des patients chroniques. Interview de Sébastien Bonnet, son titulaire et co-fondateur de la start-up éponyme.
1 mars, 2022 par
[INTERVIEW] MONORDO, PREMIÈRE PHARMACIE  100 % SERVICIELLE
LES ECHOS ETUDES



Avec votre associé, Léo Péchin, vous avez créé en 2019 la start-up MonOrdo, qui ambitionne de créer un nouveau modèle de pharmacie. Quelle a été la genèse de ce projet ? 
S.B. : j’ai muri ce projet au fil de mes premières années d’expérience professionnelle. Après mon diplôme de pharmacien, j’ai suivi à l’Essec un MBA en stratégie et management des industries de santé. J’ai ensuite travaillé dans plusieurs officines aux profils divers, installées dans des zones urbaines et rurales. Ceci m’a conduit à deux constats. Le premier est le nombre élevé de ruptures dans le suivi des traitements chroniques. Lorsque j’exerçais en tant qu’adjoint, j’étais confronté à de nombreux patients qui avaient perdu leur ordonnance, oublié leur plan de prise ou se trompaient dans les posologies. Le second constat est le manque d’innovation en pharmacie. MonOrdo vise à apporter des solutions concrètes et peu coûteuses à ces problématiques, grâce à une offre intégrée de services, à la fois « physiques » et numériques. J’ai toujours eu une forte appétence pour les innovations technologiques, mais pour concrétiser mon projet, j’avais besoin de m’associer à un ingénieur. MonOrdo est donc le projet d’un tandem aux compétences complémentaires, Léo Péchin pour la partie informatique et moi-même pour la partie officinale. 

Vous avez ouvert en août dernier la première pharmacie MonOrdo. Que propose-t-elle concrètement ?
S.B. : nous avons fait un choix radical : exclure la vente des médicaments d’automédication et des produits hors monopole. Notre positionnement est clair : nous assurons la dispensation des médicaments d’ordonnance en l’accompagnant de services à valeur ajoutée pour le patient. Une fois sorti de chez son médecin, ce dernier scanne son ordonnance via notre application mobile ou se rend directement à la pharmacie, où une borne lui permet de nous l’envoyer. Le pharmacien assure ensuite la préparation des doses à administrer, qui sont remises au patient sous la forme d’un rouleau de sachets-doses étiquetés, pour une durée maximum de 21 jours de traitement. Le patient est informé par SMS qu’il peut venir récupérer ses médicaments à la pharmacie. Il peut aussi être livré gratuitement chez lui ou sur son lieu de travail. Enfin, l’appli MonOrdo permet d’échanger par visioconférence avec le pharmacien, si le patient a besoin d’informations complémentaires. 



L'équipe MonOrdo en décembre 2021.

Comment est aménagée votre pharmacie ? 
S.B. : nous l’avons conçue comme un espace accueillant, avec des fauteuils et un canapé, où le patient peut s’assoir face au bureau du pharmacien. Cette configuration facilite les échanges et permet de donner du temps au conseil pharmaceutique. 

Quel est le modèle économique de votre concept ? 
S.B. : la PDA est totalement automatisée et le logiciel que nous avons développé permet d’optimiser le temps de préparation du pharmacien. Autre avantage : l’investissement requis consiste en grande partie dans l’automate de PDA. La pharmacie en elle-même ne nécessite pas une surface importante. A titre d’exemple, ma pharmacie à Toulouse ne fait que 120 m2. Enfin, le service en lui-même garantit une forte rétention des patients et la prédictibilité de l’activité, grâce au renouvellement automatique des ordonnances. 


L'aménagement intérieur de la pharmacie MonOrdo de Toulouse. 


Service de retrait des médicaments commandés. 

Avez-vous proposé ce concept à des pharmaciens déjà installés ? 
S.B. : oui, c’était même, au départ, notre modèle de développement ! Nous avons d’abord installé notre concept dans des officines qui souhaitaient se diversifier vers la PDA et avaient mis en place le scan d’ordo et le click&collect. Mais très vite, nous nous sommes rendu compte de leurs difficultés à gérer ce service. LA PDA est une activité complexe, qui requière des ressources et du temps. Je ne regrette toutefois pas cette première étape. Elle nous a permis d’affiner notre concept et de pivoter rapidement vers un autre modèle.

 « L’objectif de MonOrdo : simplifier la vie des patients
et améliorer le suivi de leurs traitements ». 

C’est-à-dire ? 
S.B. : d’une part, cette phase pilote a validé l’intérêt des patients et confirmé que nous répondions à un vrai besoin. D’autre part, nous avons compris que pour réussir le lancement de MonOrdo, nous devions le faire nous-mêmes. D’où l’ouverture de ma pharmacie à Toulouse, sorte de laboratoire d’essai. On peut ainsi analyser ce qui fonctionne bien et ce qui doit être encore optimisé. Nous proposons aujourd’hui le concept MonOrdo sous forme de franchise, ce qui nous permet de choisir les pharmaciens qui souhaitent nous accompagner dans cette aventure. 

Combien de pharmacies MonOrdo visez-vous dans l’Hexagone ? 
S.B. : notre objectif est d’atteindre 22 espaces d’ici cinq ans, une par grande métropole. Ce choix est guidé par notre modèle économique, qui impose un flux de patientèle suffisamment important. Sur la base de notre expérience toulousaine, le niveau d’équilibre est atteint avec une file active de 200 patients chroniques. 


Service de livraison de médicaments à domicile. 



Service de visio-conférence avec les patients. 

Quels profils de pharmacien visez-vous ? 
S.B. : nous ciblons les jeunes diplômés ayant la fibre entrepreneuriale et qui souhaitent s’installer rapidement. Des pharmaciens qui veulent aussi travailler en coordination avec d’autres professionnels de santé, car nous espérons que MonOrdo soit, à terme, recommandé par les médecins et les infirmières.  

Quel message souhaitez-vous adresser à ces pharmaciens ? 
S.B. : je pense que la pharmacie « commerciale » n’est pas l’avenir de l’officine. D’autant que le champ des services s’élargit régulièrement et que l’on va pouvoir construire progressivement un modèle économique viable. MonOrdo est un concept « phygital », qui mise sur le développement des usages numériques. L’accélération de ces usages, liée à la crise sanitaire, va se poursuivre. L’ouverture de « Mon Espace Santé » début 2022 va démocratiser le « soin digital ». La pharmacie de services jouera un rôle clé dans cette transformation. 


Carte d'identité
Activité : pharmacie d’officine multiservices
Création en 2019
Effectif fin 2021 : 9 personnes (6 au siège de la start-up, 3 à la pharmacie)
Site web : https://www.monordo.com/ 


Interview initialement publiée dans le trimestriel L'Essentiel de la Santé de janvier 2022 (publication des Echos Publishing). 
[INTERVIEW] MONORDO, PREMIÈRE PHARMACIE  100 % SERVICIELLE
LES ECHOS ETUDES 1 mars, 2022
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