Se rendre au contenu

[INTERVIEW] LE BOUCHE-A-OREILLE A CREE UN EFFET BOULE DE NEIGE INCROYABLE

De notaire à plombière, le pari était audacieux. 4 ans plus tard, Clarisse et son associé Antonin dirigent une entreprise florissante. Interview de la fondatrice et associée de La Plombière en Marinière.
29 avril 2026 par
[INTERVIEW] LE BOUCHE-A-OREILLE A CREE UN EFFET BOULE DE NEIGE INCROYABLE
TIPHANEAUX Sabrina

Crédit photo : La Plombière en Marinière

Ancienne notaire, vous avez opéré une reconversion majeure. Pourquoi cette décision ?

Clarisse Nigrelli : effectivement, j’ai été notaire pendant environ 5 ans. Personne ne m’y a poussée, mais c’était un parcours assez classique après des études de droit. Cela marchait bien, j’étais dans une bonne étude. Cependant, je ne trouvais pas de satisfaction au quotidien. Passer mes journées derrière un ordinateur ne me correspondait pas. Assez rapidement, j’ai senti que je n’étais pas à ma place. À 30 ans, je me suis dit que je ne pouvais pas envisager de faire ce métier pendant encore 40 ans. Il fallait que je me pose les bonnes questions.

Quel a été l’élément déclencheur ?

C. N. : le véritable déclic a été la période du Covid-19. Il y a eu plusieurs licenciements dans mon étude. Je n’étais pas concernée, mais voir des collègues partir alors que, moi, je savais déjà que je ne voulais plus rester, ça m’a profondément marquée. J’ai proposé à ma direction de quitter l’entreprise afin qu’un collègue puisse conserver son poste. La décision a été acceptée et je me suis donc trouvée sans travail, un peu du jour au lendemain, sans avoir de plan précis en tête.

Pourquoi avoir choisi la plomberie ?

C. N. : j’ai fait un bilan de compétences, qui a mis en lumière un besoin de faire quelque chose de manuel, d’obtenir des résultats rapides, contrairement au notariat où les dossiers prenaient des mois, et d’être ma propre patronne. Le déclic plus précis est venu d’une mésaventure très banale. Ma voiture est tombée en panne, et je me suis sentie complètement arnaquée par le garagiste. En en parlant avec des amies, j’ai pris conscience du sentiment d’impuissance que beaucoup de femmes peuvent ressentir face à certains métiers techniques, avec l’impression d’être une « cible facile ». Je me suis alors dit qu’il fallait des femmes qui parlent aux femmes dans ces professions, pour rétablir un climat de confiance. La plomberie s’est imposée assez naturellement : j’ai été séduite par le côté technique, mais aussi décoratif du métier, par la possibilité de façonner, de créer quelque chose de beau et durable.

Comment s’est passée la reconversion ?

C. N. : j’ai suivi un CAP d’un an de monteur en installations sanitaires, en alternance. L’expérience a été incroyable. Le monde du BTP m’a tout de suite plu pour sa simplicité et son authenticité. Il y a quelque chose de très franc, de très direct, que j’apprécie énormément. À l’issue de cette formation, j’ai lancé mon entreprise en juillet 2022.

Le succès a-t-il été tout de suite au rendez-vous ?

C. N. : pas immédiatement. Pendant quelques mois, j’ai un peu attendu que le téléphone sonne. Puis, quand ça a commencé à marcher, il y a eu un effet boule de neige assez incroyable. L’activité s’est développée très vite grâce au bouche-à-oreille.

Au début, votre clientèle était surtout féminine ?

C. N. : très majoritairement. Environ 95 % étaient des femmes au départ. Aujourd’hui, on est plutôt sur une quasi-parité. Mais c’est aussi souvent les femmes qui appellent quand il y a un souci, donc ce n’est pas toujours simple à mesurer.

Vous intervenez sur un secteur très localisé, aux alentours de Clamart dans les Hauts-de-Seine. C’est stratégique ?

C. N. : oui. En limitant les déplacements, on maintient des tarifs raisonnables. Le temps de transport, c’est du temps que l’on doit facturer d’une manière ou d’une autre.

En 4 ans, comment la société s’est-elle développée ?

C. N. : l’activité est devenue très dense, au point que je ne pouvais plus faire face seule à la demande. J’ai donc pris un associé, Antonin, en septembre 2023. Au départ, j’aurais aimé faire grandir l’entreprise avec d’autres femmes, mais il y a très peu de plombières salariées. J’ai rencontré Antonin au CFA. Malgré son jeune âge, il faisait preuve d’une maturité impressionnante : sérieux, très ordonné, et surtout excellent techniquement, avec de véritables « mains en or ». Lorsqu’il a quitté son ancien poste, je lui ai proposé de venir m’aider. La collaboration a été tellement évidente qu’un an plus tard, nous avons changé de forme sociale pour passer en SARL. Nous avons aujourd’hui un apprenti.

Quelle est votre activité et qui sont vos clients ?

C. N. : nous travaillons essentiellement pour des particuliers, qui représentent 60 à 70 % de notre chiffre d’affaires. Le reste provient de syndics, pour des interventions au sein de copropriétés. C’est une clientèle intéressante car elle offre une certaine récurrence. En volume, notre activité se répartit à peu près à parts égales entre le dépannage et les gros travaux de rénovation. Le dépannage génère moins de chiffre d’affaires, mais il représente une part importante de notre temps de travail.

Sur quoi repose votre différenciation ?

C. N. : d’abord sur la confiance. J’interviens comme je le ferais chez moi ou chez ma mère. Je vends ce qu’il faut, au juste prix. J’assume le coût de ma main-d’œuvre, mais lorsque je dis qu’il faut remplacer un élément, c’est parce que c’est indispensable, pas pour engager des travaux inutiles. Ensuite, sur la qualité. Je préfère présenter un devis légèrement plus élevé et poser du matériel durable, maîtrisé, si possible fabriqué en France, plutôt que d’installer un équipement qu’il faudra changer dans 2 ans.

Comment voyez-vous l’évolution de votre société ?

C. N. : honnêtement, je ne sais pas encore. Les choses se passent bien et évoluent de manière assez naturelle. Si l’entreprise grandit, tant mieux, si elle reste à cette taille, cela me convient aussi. J’aime le format actuel. Ce qui compte avant tout pour moi, c’est la satisfaction de mes clients.


Fiche d’identité

Dénomination : La Plombière en Marinière
Activité : plomberie, installations sanitaires, chauffage
Création : 2022
Chiffre d’affaires : 225 K€
Web : lpem.fr

Copyright : Les Echos Publishing


[INTERVIEW] LE BOUCHE-A-OREILLE A CREE UN EFFET BOULE DE NEIGE INCROYABLE
TIPHANEAUX Sabrina 29 avril 2026
Partager cet article
Archiver