Crédit photo : BEEV
Quel est votre parcours ?
Solal Botbol : passionné d’automobile depuis l’enfance, j’ai structuré ma carrière autour de la mobilité. J’ai suivi une formation d’ingénieur aux Arts et Métiers, avec une spécialisation en automobile et mécanique, complétée par un master en entrepreneuriat à HEC Paris. Une fois diplômé, j’ai rejoint en 2016 une start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée aux caméras pour la conduite autonome, où j’étais en charge du développement commercial.
Qu’est-ce qui vous a conduit à créer Beev ?
S. B. : au cours de cette expérience, j’ai voulu acquérir une voiture électrique à titre personnel. Je me suis heurté à un mur, dans le sens où les informations essentielles qui auraient dû éclairer mon choix, n’étaient pas disponibles et encore moins centralisées. Le marché était totalement verticalisé : vendeurs de voitures, organismes de financement, installateurs de bornes de recharge, fiscalistes. Un parcours du combattant disproportionné par rapport à l’investissement engagé. En parallèle, la start-up où je travaillais a été rachetée par un équipementier du groupe Fiat Chrysler. C’est à ce moment que j’ai décidé de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. J’ai rencontré mon associée Chanez Djoudi par le biais d’une amie commune, et nous avons créé un acteur capable de simplifier l’ensemble du parcours d’acquisition, de gestion et de renouvellement de véhicules électriques.
Initialement, notre offre s’adressait à la fois aux particuliers et aux entreprises. Nous l’avons concentrée sur ce second segment et y avons intégré des prestations de gestion de flotte qui n’existaient pas au départ.
Avez-vous été accompagnés au lancement de votre activité ?
S. B. : nous sommes partis de rien, avec 10 000 € investis au total. Sans réseau dans la distribution automobile, nous souhaitions intégrer un incubateur pour être accompagnés. L’un d’eux nous a refusé l’accès, puis a lancé un projet proche du nôtre 3 mois plus tard. Nous avons engagé une procédure juridique et obtenu gain de cause. Nous avons ensuite intégré un incubateur spécialisé dans la mobilité, à Station F. De manière générale, le chemin est semé d’embûches, dont la nature et l’impact augmentent avec le temps.
Comment décririez-vous l’offre de Beev aujourd’hui ?
S. B. : Beev est le copilote des entreprises pour la mobilité électrique. Nous exerçons trois métiers complémentaires. D’abord, la vente de véhicules électriques en offre multimarque, via des contrats de leasing de 12 à 48 mois. Ensuite, l’installation de bornes de recharge, sur les sites des entreprises comme au domicile des collaborateurs. Enfin, le pilotage de flotte : gestion des véhicules toutes motorisations, des infrastructures de recharge, des coûts et de la refacturation de l’électricité consommée par les collaborateurs à leur domicile pour leur véhicule de fonction.
Sur la partie véhicule, nous fonctionnons en courtage multimarque. Sur la partie infrastructure, nous avons nos propres stocks de bornes de recharge, un bureau d’études internalisé et un logiciel développé en propre.
Quel est le profil type de vos clients ?
S. B. : notre valeur ajoutée est maximale pour les flottes de 3 à 200 véhicules. Dans cette tranche, les entreprises n’ont généralement pas de gestionnaire de flotte dédié. La flotte représente un poste de dépenses considérable, en argent comme en temps, mais insuffisant pour justifier une ressource dédiée. Résultat : la gestion est morcelée entre plusieurs services et confiée à des personnes non expertes. Avec Beev, les entreprises bénéficient d’un interlocuteur unique qui gère tout, à l’acquisition comme en cas de problème. C’est précisément ce qui nous différencie. Beev a déjà facilité le passage au véhicule électrique pour plus de 5 000 clients.
Quels sont les moteurs et les freins du marché ?
S. B. : le moteur principal, c’est la fiscalité. En France, détenir un véhicule thermique est devenu punitif, pour l’entreprise comme pour le salarié. Depuis février 2025, la base de calcul de l’avantage en nature d’un véhicule loué est passée de 30 % à 50 % du coût annuel, quand un véhicule électrique éco-scoré conserve un abattement porté à 70 %. En parallèle, l’offre de modèles électriques s’est étoffée : là où Renault ne proposait que la Zoé il y a 5 ans, il y a aujourd’hui la Twingo, la R5, la Scenic ou encore la Mégane. La concurrence s’est installée sur tous les segments, ce qui fait baisser les prix. Avec le recul du coût des batteries, le prix moyen d’un véhicule électrique se rapproche désormais de celui d’un véhicule thermique.
Quant aux freins, ils tiennent surtout à un manque de maîtrise du TCO, le coût total de possession. Beaucoup d’entreprises s’arrêtent au loyer des véhicules, sans intégrer la fiscalité, la maintenance ou encore le coût de l’énergie. Sur une LLD (location longue durée) de 36 à 48 mois, un collaborateur qui recharge son véhicule électrique principalement à domicile ou sur site roule pour 2 à 3 € aux 100 kilomètres, contre 9 à 11 € pour un véhicule thermique. C’est là que se joue l’écart, et c’est pour cela que la stratégie de recharge conditionne la rentabilité du passage à l’électrique.
Quelles sont vos perspectives de développement ?
S. B. : notre ambition est d’abord de consolider notre position en France, avant de nous étendre à l’échelle européenne. La problématique n’est pas propre à la France : partout en Europe, la réglementation CO2 impose aux constructeurs de basculer l’essentiel de leurs ventes vers l’électrique d’ici 2035, et ce sont les flottes d’entreprises qui porteront cette bascule.
Fiche d’activité
Dénomination : Beev
Activité : accompagnement complet pour l’électrification de flottes d’entreprises
Volume d’affaires : 20 M€
Effectif : ~30 collaborateurs
Web : www.beev.co