DES PHARMACIES BRETONNES EXPÉRIMENTENT L’ORIENTATION DES PATIENTS ET LA DISPENSATION PROTOCOLISÉE
5 mai, 2021 par
DES PHARMACIES BRETONNES EXPÉRIMENTENT L’ORIENTATION DES PATIENTS ET LA DISPENSATION PROTOCOLISÉE
CHARRONDIERE Hélène


S’inscrivant dans le cadre des expérimentations « article 51 », le projet OSyS permettra d’évaluer la dispensation protocolisée de médicaments d’automédication et un nouveau parcours patients adaptés aux déserts médicaux.

Portée par Pharma Système Qualité, cette nouvelle expérimentation place le pharmacien d’officine au cœur de son dispositif. L’association a répondu à un appel à projet lancé par l’ARS Bretagne dont l’objectif est de garantir l’accès aux soins et le suivi des patients dans les territoires sous-médicalisés. Baptisé OSyS (pour Orientation dans le Système de Soins), le projet a été autorisé en février dernier pour deux ans. Un arrêté précise le contexte et les modalités opérationnelles de cette expérimentation qui rassemble 50 pharmacies volontaires réparties sur 4 départements (Ille-et-Vilaine, Morbihan, Finistère et Côte d’Armor) et 9 territoires qualifiés de déserts médicaux.

Privilégier la pharmacie de premier recours
L’expérimentation OSyS, qui démarrera effectivement en juin prochain, s’inspire du programme suisse NetCare, lancé en 2012. Rappelons que ce dernier permet aux pharmacies de proposer des conseils et d’assurer la dispensation de certains médicaments pour de petites blessures ou dans le cadre de pathologies considérées comme bénignes. L’objectif est de réduire les consultations médicales et le recours aux urgences hospitalières, en orientant les patients vers les officines de premiers recours. OSyS poursuit un objectif similaire et repose sur un protocole transposé à partir de celui de NetCare.

Les pharmaciens bretons qui participent à l’expérimentation OSyS dispensent principalement des médicaments d’automédication, dans 13 situations dites de « triage » ou pathologies les plus courantes en soins primaires : rhinite, douleur pharyngée (incluant l’angine), lombalgie, céphalée, constipation, plaie simple… Le pharmacien assure ce « triage » grâce à des algorithmes reposant sur des arbres décisionnels. Le protocole prévoit l’accord préalable du patient, son accueil dans une zone de confidentialité ainsi que la traçabilité des décisions prises par le pharmacien. A chaque entretien, ce dernier remplit une fiche informatique d’orientation comportant l’identification de la pathologie de premier recours, le résultat du questionnement exprimé en points selon l’algorithme concerné, le ou les médicament(s) dispensé(s), les conseils et les limites de la médication. Un compte-rendu peut être envoyé au médecin traitant, si le patient le souhaite. Un à trois jour(s) après la consultation, le pharmacien appelle le patient pour évaluer l’efficacité du traitement et recueillir son avis sur le protocole mis en place.
Les porteurs du projet ont estimé à 15 minutes le temps moyen de chaque consultation pharmaceutique. La rémunération du pharmacien s’élève à 15€ maximum par consultation, se répartissant entre un forfait « Premier recours, situation et orientation » (10€) et un bonus qualité (5€ maximum).

Améliorer le service rendu aux patients et l’efficience des dépenses de santé
Les impacts attendus sont nombreux. Il s’agit d’apporter une solution de prise en charge rapide et efficace, en s’appuyant sur le réseau officinal, dont le maillage géographique permet de suppléer le manque de médecins généralistes ou leur faible disponibilité. Autre objectif : assurer la permanence des soins en favorisant les coopérations interprofessionnelles et les échanges entre médecins et pharmaciens. Enfin, la finalité économique d’OSyS est totalement assumée : les parties prenantes du projet partagent la volonté de réduire le nombre de consultations médicales et de désengorger les urgences hospitalières. Rendez-vous en décembre 2022 pour évaluer les impacts de cette expérimentation et définir les modalités de son déploiement à plus grande échelle.


A noter //

  • OSyS est une réponse à un appel à projet lancé en 2018 par l’ARS Bretagne. Elle est soutenue par les URPS Pharmaciens et Médecins Libéraux de Bretagne. Le projet a été long à mettre en place : entre le dépôt du dossier mi-2018 et l’avis favorable du Comité Technique de l’Innovation en Santé (CTIS), obtenu début 2021, il s’est écoulé 2 ans et demi.
     
  • Le projet s’inspire du programme suisse NetCare, expérimenté à partir de 2012 et généralisé en 2016. Il diffère toutefois sur un point important : les pharmaciens suisses sont autorisés à dispenser des médicaments de prescription alors que cette possibilité est limitée dans le projet OSyS. Sur les 13 « situations de triage » prévues (voir ci-dessous), 3 seulement sont concernées par l’article 30 de la loi de 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé (droit de dispenser des médicaments de prescription, pour certaines pathologies, dans le cadre d’un exercice coordonné avec des médecins et dans le respect des recommandations de la HAS). La plupart des situations prévues par OSyS relèvent donc de l’automédication. Il est toutefois prévu que les pharmaciens puissent noter les médicaments de PMO qu’ils auraient pu dispenser s’ils en avaient eu le droit. Cette limite est importante : OSyS n’est pas une expérimentation de la prescription pharmaceutique, mais un projet qui teste plutôt la protocolisation et la rémunération de la dispensation de médicaments d’automédication ainsi que l’orientation du patient vers une prise en charge médicale adaptée.
     
  • Les 13 « situations de triage » retenues dans l’expérimentation OSyS sont les suivantes : 10 en dehors de l’article 30 de la loi de 2019 (douleur pharyngée, lombalgie/douleur lombaire, diarrhée, vulvo-vaginite, céphalées, constipation, piqure de tique, plaie simple, brûlure de 1er degré et dyspepsies fonctionnelles) et 3 dans le cadre de l’article 30 (angine, cystite et conjonctivite/rhinite allergique). Les dispensations relevant de l’article 30 « ne pourront toutefois se faire que dans certaines conditions, à savoir dans le cadre d’un exercice coordonné », qu'il s'agisse d’ESP, MSP, centres de santé ou CPTS, « et sous réserve d'une formation ad hoc des pharmaciens sur ces dits protocoles et d'un lien obligatoire réalisé auprès du médecin traitant. »
     
  • Le pharmacien peut ainsi orienter le patient selon 3 possibilités :
    • Prise en charge directe du patient et dispensation d’un médicament sans ordonnance, avec rappel 1 à 3 jour(s) après pour vérifier la bonne adaptation du conseil et l’amélioration de la situation du patient.
    • Orientation vers une consultation physique ou un téléconsultation médicale, selon la disponibilité du médecin traitant.
    • Orientation éventuelle vers un service d’urgence, si les cabinets de médecine générale ne sont pas disponibles : un service de médecine de garde (Maison Médicale de Garde ou SOS Médecins) ou le Centre 15.
       

Pour aller plus loin
Consulter l'arrêté n° 2021/001 portant autorisation de l'expérimentation OSyS
Démarche qualité en pharmacie : lire l'interview de Laetitia Hible, présidente de Pharma Système Qualité, menée en mars 2020


Intéressé par les mutations de la pharmacie d’officine ? Ci-dessous les présentations de deux études multiclients réalisées par Les Echos Etudes :
Les nouveaux défis de la pharmacie d'officine
Les services en pharmacie d'officine

Pour toute demande d’étude ad’hoc sur le secteur officinal ou la distribution pharmaceutique, n’hésitez pas à adresser un mail à l’adresse suivante : hcharrondiere@lesechos.fr

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CHARRONDIERE Hélène 5 mai, 2021
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