LES MÉDECINS SÉDUITS PAR LE SALARIAT ET L’EXERCICE MIXTE VILLE-HÔPITAL

LES MÉDECINS SÉDUITS PAR LE SALARIAT ET L’EXERCICE MIXTE VILLE-HÔPITAL

Malgré les incitations à l’installation et le relèvement du numerus clausus, le nombre de généralistes stagne et l’exercice libéral chez les jeunes médecins est désormais minoritaire. Des tendances qui confirment une profonde mutation de l’exercice médical.

La dernière étude de la DREES (1) sur les évolutions de la démographie médicale confirme les tendances observées depuis une vingtaine d’années. Certes le nombre total de médecins en activité progresse (+4,5 % entre 2012 et 2018), mais cette augmentation masque des disparités croissantes entre spécialités médicales, zones géographiques et modes d’exercice. Si le nombre de spécialistes (124 000 médecins hors MG) a progressé de 7,8 % sur la période considérée, les effectifs des généralistes sont en revanche restés quasiment stables (+0,7 %), à 103 000 praticiens. Le terme de désaffection peut paraître excessif pour qualifier l’exercice de la médecine généraliste, mais il n’en demeure pas moins que celui-ci n’attire plus les jeunes générations. Car les choix professionnels de ces dernières sont, à cet égard, très éclairants. Sur les 8 600 nouveaux médecins inscrits en 2017 au Conseil national de l’Ordre, près de 60 % sont des femmes (alors que celles-ci représentent actuellement 46 % de l’ensemble des médecins en activité) et 63 % ont fait le choix du salariat, une proportion, là aussi, très largement supérieure à celle observée sur l’ensemble des praticiens en activité (43 %). Et la majorité de ceux qui ont opté pour une activité libérale ou mixte travaillent en tant que remplaçants. Un phénomène qui recule ainsi l’âge d’installation en médecine de ville.
Ces nouvelles statistiques viennent conforter les propres analyses du CNOM qui alerte depuis plusieurs années sur le phénomène de raréfaction du temps médical disponible sous l’effet combiné de plusieurs facteurs : le vieillissement de la population médicale dans son ensemble (30 % des médecins ont actuellement plus de 60 ans et plus d’1 généraliste sur 4 cessera son activité d’ici à 2025), l’engouement des jeunes générations pour le salariat, mode d’activité qui leur semble plus propice à un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, et la féminisation des effectifs qui accentue le phénomène de réduction du temps de travail.

Une démographie médicale de plus en plus disparate dans certains territoires
Les déséquilibres géographiques s’avèrent particulièrement préoccupants au sein de la population des généralistes. En effet, selon le CNOM, seules deux régions, la Bretagne et les Pays-de-la-Loire, ont vu leurs effectifs de médecins généralistes progresser entre 2007 et 2016. À l’inverse, toutes les autres régions ont perdu des MG, en particulier l’Île-de-France (-18,7 %) et le Centre (-13,1 %). L’analyse à l’échelle du département permet, par ailleurs, de mettre en évidence la complexité de la désertification médicale qui concerne à la fois des territoires ruraux et urbains. À titre d’exemple, en 10 ans, la ville de Paris et le département de la Nièvre enregistrent une baisse identique du nombre de généralistes en exercice régulier (-25 %). Il ressort que les zones rurales sont les plus touchées par ce phénomène, tandis que les départements avec un centre hospitalier universitaire (CHU) résistent mieux. À Paris, la forte baisse est due à la difficulté d’installation en raison des prix de l’immobilier. Conséquence : 5,7 millions de Français vivent dans des « déserts médicaux », soit près de 9 % de la population.


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