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MÉDICAMENTS : QUAND L’INNOVATION PÈSE SUR LES DÉPENSES

Après une décennie de stabilité, les dépenses annuelles de médicaments remboursables ont bondi de 12,1 milliards d’euros entre 2016 et 2024, passant de 29 à 41,1 milliards d’euros. Une nouvelle étude de la Drees décortique les mécanismes et les signaux d’alerte.
5 août 2026 par
MÉDICAMENTS : QUAND L’INNOVATION PÈSE SUR LES DÉPENSES
Hélène SAGNES

Crédit photo: I Viewfinder - stock.adobe.com

Une période d’accalmie révolue

Après une décennie de relative stabilité entre 2010 et 2020, la dépense annuelle de médicaments en France semblait sous contrôle. Ce temps est révolu. À partir de 2020, les dépenses s’envolent pour atteindre 41,1 Md€ en 2024, pour une dépense moyenne de 604 € par habitant, contre 437 € en 2016.

Une hausse d’abord structurelle

La décomposition réalisée par la Drees est sans ambiguïté : ce n’est ni l’inflation des prix au sein des classes existantes, ni une dérive des volumes, qui explique l’essentiel de la progression. C’est le glissement de la consommation vers des thérapies récentes et coûteuses, les antinéoplasiques et immunomodulateurs en tête, porté en grande partie par les prescriptions hospitalières. Ces médicaments contre le cancer et les maladies du système immunitaire voient leurs dépenses brutes annuelles bondir de 6,2 à 14,7 Md€ entre 2016 et 2024, concentrant à eux seuls près de 70 % de la hausse totale des dépenses de médicaments sur la période. Deux molécules concentrent une part significative de cette dynamique : le pembrolizumab (Keytruda®), indiqué notamment dans le mélanome et les cancers de la tête et du cou, affiché à près de 2 400 € l’unité, et le daratumumab (Darzalex®), utilisé dans le myélome multiple, à quelque 4 400 € l’unité. Ces niveaux de prix sont toutefois partiellement compensés par des remises confidentielles que les laboratoires reversent à l’Assurance maladie.

Ville et hôpital : des trajectoires opposées

Les prescriptions hospitalières délivrées en officine constituent désormais le premier moteur de la croissance des dépenses en ville (+4,1 Md€ nets sur la période 2016-2024), portées par l’élargissement des indications thérapeutiques et la montée des traitements chroniques initiés à l’hôpital puis suivis en ambulatoire. À l’inverse, les prescriptions libérales de ville reculent de 0,9 Md€ nets sur la même période, signe d’une normalisation progressive des habitudes prescriptives françaises. Le vieillissement de la population accentue encore la pression : la dépense moyenne des plus de 80 ans est passée de 905 à 1 052 € par patient entre 2016 et 2024.

L’étude soulève en creux une question de soutenabilité : la baisse des prix sur les médicaments anciens et génériques ne suffit plus à compenser la montée en charge des traitements innovants, et les auteurs préviennent que cette dynamique « pourrait ne pas longtemps » rester sous contrôle. L’expiration prochaine des brevets de certaines de ces molécules, à commencer par le pembrolizumab, pourrait ouvrir la voie à une concurrence et faire chuter significativement les dépenses. Mais la mesure de l’efficience réelle de ces thérapies, coût par année de vie gagnée à l’appui, s’imposera comme l’enjeu central des prochaines négociations entre industriels et régulateurs.

Copyright: Les Echos Publishing

Pour aller plus loin, découvrez notre étude "L’avenir du marché français de la gestion de la douleur". 

MÉDICAMENTS : QUAND L’INNOVATION PÈSE SUR LES DÉPENSES
Hélène SAGNES 5 août 2026
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