LES AMBITIONS DU GROUPE LA POSTE DANS LA E-SANTE ET LA SILVER ECONOMIE
6 avril, 2018 par
LES AMBITIONS DU GROUPE LA POSTE DANS LA E-SANTE ET LA SILVER ECONOMIE
CHARRONDIERE Hélène


La santé et la silver économie constituent deux axes majeurs de la diversification et de la transformation numérique du Groupe La Poste. Interview de David de Amorim, directeur de l’innovation de sa filiale Docapost.

La Poste multiplie depuis deux ans les projets dans les domaines de la santé, la e-santé et la prise en charge de seniors à domicile. Comment votre Groupe se positionne-t-il sur ces marchés ?
David de Amorim
: Le Groupe La Poste et Docapost offrent une gamme de services à la fois numériques et de proximité. Docapost, qui est le 1er hébergeur de données de santé en France, se positionne comme un intégrateur de plates-formes de services et développe un écosystème de solutions pour répondre aux grands enjeux de notre système de santé : l’ambulatoire, les déserts médicaux, la prévention, le suivi des pathologies chroniques, la coordination des professionnels de santé, le maintien des personnes âgées à domicile... Notre ambition est de devenir un acteur de référence sur ces marchés en répondant au plus près des besoins des populations et des territoires.
A quels acteurs s’adressent les services que vous développez ?
D. de A.
: A l’ensemble des opérateurs du système de santé car nous nous inscrivons dans un continuum entre prévention, soins hospitaliers et ambulatoires, prise en charge médicale et paramédicale, médico-social. Nous cherchons des solutions pour des situations où l’on constate des ruptures dans l’accompagnement des patients ou des personnes âgées. Ruptures qui peuvent être liées à des fonctionnements en silos (ville-hôpital par exemple) ou à l’extension des déserts médicaux.
Un exemple précis ?
D. de A.
: L’expérimentation que nous avons mise en place avec plusieurs collectivités locales dans le département des Landes, dans le cadre d’une convention de recherche et développement sur la prévention de la perte d’autonomie à domicile. Ce projet associe un accompagnement humain (assuré par un postier spécialement formé) et des solutions numériques qui permettent de rompre l’isolement des personnes âgées. Concrètement, les postiers déterminent les besoins des seniors, puis les accompagnent dans l’installation technique et l’utilisation d’équipements comme les tablettes numériques Ardoiz qui embarquent des jeux cognitifs et de mémoire, un système d’éclairage nocturne automatique développé par Legrand (prévention des chutes), un service de téléassistance… Le postier s’assure régulièrement que tout se passe bien. Initialement testé auprès de 40 seniors, cette expérimentation va être déployée en 2018 auprès de 10 000 personnes âgées présentant des niveaux de dépendance plus ou moins élevés.
Quels enseignements tirez-vous de ce projet ?
D. de A. 
: Sa réussite réside dans notre capacité à proposer une seule interface aux utilisateurs, aux professionnels de santé, ainsi qu’à nos prestataires ou partenaires. L’autre enseignement que nous tirons est la nécessité d’adapter les solutions aux spécificités des territoires. Dans ce projet, les collectivités locales ont été moteurs. Mais il peut arriver qu’ailleurs, nous devions plus nous appuyer sur des équipes hospitalières ou l’ARS.
A l’occasion du CES de Las Vegas, vous avez annoncé début 2018 le lancement de l’application La Poste e-santé. Quels nouveaux usages visez-vous ?
D. de A.
 : Cette appli est destinée au grand public, aussi bien aux personnes bien-portantes qu’aux malades. Elle met à disposition un véritable carnet de santé électronique qui permet d’archiver ses données de santé et d’en assurer la traçabilité, en identifiant leur source et leur mode de collecte, à partir principalement d’objets et de dispositifs médicaux connectés … L’ensemble de ces données sont stockées dans un « coffre-fort » personnel, hébergé sur la plate-forme numérique développée par Docapost.
Comment s’opère le partage de ces données avec les professionnels de santé ?
D. de A.
 : Le partage se fait avec l’accord du patient par l’Espace Numérique Santé (ESN), un portail développé pour les professionnels de santé afin de leur permettre de suivre à distance leurs patients, échanger avec eux par messagerie sécurisée, ou recourir à des services de téléconsultation et de télé-expertise. Ils peuvent ainsi recevoir des données issues de sources diverses : analyses et examens, données collectées par des objets connectés, questionnaires médicaux remplis via l’appli La Poste eSanté…
Vos évoquez les objets ou dispositifs médicaux connectés comme sources possibles de ces données de santé. Mais leur utilisation reste en France marginale…
D. de A.
 : Il existe effectivement un écart encore important entre les usages et les opportunités offertes par ces nouvelles technologies. C’est la raison pour laquelle nous sommes partie prenante, avec l’AP-HP et l’Institut du Souffle, dans la création de la première plate-forme d’évaluation des objets ou dispositifs médicaux connectés au sein de l’Hôpital Bichat-Claude Bernard. L’objectif est d’analyser les modalités d’appropriation de ces objets et leur valeur ajoutée dans la prise en charge des malades. La première évaluation concerne des patients transplantés pulmonaires qui vont être suivis en post-opératoire. Elle pourrait être étendue à terme aux transplantés cardiaques.
Vous êtes-vous rapprochés d’autres équipes de soins ?
D. de A.
 : Oui car nous souhaitons valider les usages de services conçus pour améliorer la coordination des prises en charge entre l’hôpital, la ville, le domicile, voire l’Ehpad pour l’accompagnement des seniors dépendants. Plusieurs tests cliniques sont ou seront bientôt mis en place avec l’Ircad et l’IHU de Strasbourg (pour des patients ayant suivi une gastroplastie, des diabétiques et des insuffisants cardiaques), l’Institut Hartmann à Levallois-Perret (patients sous radiothérapie) et l'institut GIPTIS à Marseille (création d’un Cloud Digital Santé pour le suivi personnalisé des maladies rares).
Concernant plus spécifiquement l’officine, où en êtes-vous des services expérimentés en région Aquitaine ou des partenariats avec certains groupements ?
D. de A.
 : Nous travaillons déjà avec les pharmaciens, à travers notamment le DP, sur la prévention, le suivi d’observance, la e-ordonnance, la livraison à domicile… Le champ des possibles est vaste ! Nous réfléchissons actuellement avec des groupements sur des services qui pourront être bientôt proposés à leurs adhérents.

Propos recueillis en mars 2018 par Hélène Charrondière, directrice du pôle Pharmacie-Santé des Echos Etudes. Interview publiée dans L'essentiel de la Santé, supplément sectoriel d'Expert Info, newsletter destinée à la communication des experts-comptables et réalisée par Les Echos Publishing (division Communication éditoriale du groupe Les Echos).

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CHARRONDIERE Hélène 6 avril, 2018
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