[INTERVIEW] TROIS QUESTIONS SUR LES EFFETS DE LA CRISE SANITAIRE DANS L'IMMOBILIER
Comment l'année 2020 a-t-elle rebattu les cartes sur le marché immobilier ? Entre exode rural, frein à l'artificialisation des sols et transformation des surfaces vacantes, quels sont les prochains défis de la filière immobilière ? Réponses avec Sabrina Tiphaneaux, Directrice du pôle BTP-Immobilier aux Echos Etudes.
22 novembre, 2021 par
[INTERVIEW] TROIS QUESTIONS SUR LES EFFETS DE LA CRISE SANITAIRE DANS L'IMMOBILIER
TIPHANEAUX Sabrina


Une année de crise sanitaire a-t-elle rebattu les cartes sur le marché immobilier ?

Sabrina Tiphaneaux : Si la crise s’était arrêtée à la fin du premier confinement, l’impact aurait été probablement négligeable. En revanche, on peut dire aujourd’hui que plus d’une année d’alternance entre télétravail et présentiel, d’explosion du e-commerce, de fermeture prolongée de certains commerces ont véritablement changé quelque chose sur le marché immobilier. Un des effets les plus visibles de la pandémie est la ruée des Français vers les maisons avec jardin et leur volonté de s’émanciper des grandes agglomérations. En moins d’un an, le prix du m² a littéralement flambé dans les moyennes agglomérations et les périphéries pavillonnaires de grandes agglomérations. 

Peut-on s’attendre à un « exode urbain » ? 

ST : Je resterai très prudent quant à cette idée communément partagée que l’on va assister à un déplacement massif des citadins vers les campagnes et les petites et moyennes agglomérations. La vie en zone rurale est souvent mythifiée et les salariés qui auront franchi le pas vont vite se retrouver face à de nouvelles contraintes, qu’ils n’ont pas forcément anticipées. Va se poser la question du coût des transports, de l’augmentation du prix des carburants, de la difficulté encore réelle de se connecter à Internet dans certaines zones… Par ailleurs, l’évolution législative en matière d’artificialisation des sols et de mitage des campagnes est un frein à l’expansion pavillonnaire… On va donc assister à un décalage entre les aspirations des acheteurs et l’évolution de l’offre qui va de plus en plus privilégier la rénovation d’immeubles plutôt que la construction de pavillons.

Peut-on réellement éviter l’artificialisation des sols ?

ST : C’est en tout cas l’objectif du Gouvernement, qui vise zéro artificialisation des sols à l’horizon 2050. Toutes les filières immobilières sont aujourd’hui confrontées à un problème de raréfaction du foncier et de flambée des prix des terrains à bâtir. L’enjeu est d’autant plus structurant pour le secteur, que certaines filières sont réellement sous tension. D’ici 2030, nous estimons que le déficit de surfaces disponibles dans l’immobilier résidentiel et l’immobilier logistique atteindra 120 millions de m² en raison d’une demande qui explose et d’une offre déjà sous-capacitaire. Pour répondre à cet enjeu, c’est tout un modèle qui est en train d’être revu. La priorité est désormais accordée à la transformation de surfaces vacantes, la rénovation, le réemploi des matériaux, etc. C’est une partie de la réponse au problème. Mais les besoins sont tels que ces nouveaux modèles de promotion ne pourront absorber tout le déséquilibre entre offre et demande.

LES MARCHÉS DE LA PROMOTION IMMOBILIÈRE À L’ÈRE POST-COVID


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TIPHANEAUX Sabrina 22 novembre, 2021
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