[INTERVIEW] LE PREMIER CONFINEMENT A ÉTÉ UNE GIFLE CAR QUASIMENT TOUT ÉTAIT À L’ARRÊT
Michel Chalot, PDG, a repris en 1988 les rênes de l’entreprise Transports Chalot, créée en 1928 par son grand-père et auparavant dirigée par son père.
29 avril, 2021 par
[INTERVIEW] LE PREMIER CONFINEMENT A ÉTÉ UNE GIFLE CAR QUASIMENT TOUT ÉTAIT À L’ARRÊT
MEZIANI Hélène




Comment êtes-vous devenu dirigeant des Transports Chalot ?

Michel Chalot : mon parcours est assez simple. Mon père était transporteur routier, donc je suis devenu transporteur routier (rires). J’ai fait un DUT Transport et Logistique au début des années 70, à l’époque il n’y avait pas autre chose. Je suis ensuite entré dans l’entreprise en 1978, avant d’en prendre la direction une dizaine d’années plus tard.

Quelles sont les activités de l’entreprise ?

M. C. : Transports Chalot est une entreprise familiale, implantée depuis 3 générations à Strasbourg. Elle a été créée en 1928 et avait à l’origine une activité de charbonnier. Les activités ont évolué au fur et à mesure, et nous sommes aujourd’hui spécialisés dans le transport d’hydrocarbures, à destination des stations-service, des transporteurs routiers et des particuliers pour le fuel domestique. Nous réalisons également des activités de transport en camion grue, essentiellement à destination de la construction. Notre activité est principalement régionale, en Alsace et en Moselle.

Aujourd’hui, nous employons environ 80 salariés, dont 65 conductrices et conducteurs. Pour le reste, il s’agit de mécaniciens et de sédentaires – des employés et des cadres. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 7,8 M€ en 2020, pour grosso modo 3,2 millions de kilomètres parcourus et 66 500 livraisons grâce à 50 camions. En termes de véhicules, nous possédons des camions grues, des camions citernes et des tautliners.

Quel impact a eu la crise du coronavirus sur votre activité ?

M. C. : nous avons connu une énorme chute de l’activité. Nous avons perdu 500 K€ de chiffre d’affaires en 2020 par rapport à 2019, essentiellement en raison de la crise sanitaire.

En fait, cette baisse s’est déroulée par étape. Le premier confinement a été une gifle car quasiment tout était à l’arrêt : la construction, les stations-service… Personne ne circulait… Les livraisons aux stations-service se sont donc effondrées de 90 % en avril - et, in fine, de 20 % sur l’ensemble de l’année 2020. Les seuls besoins qui subsistaient au 2e trimestre concernaient, tout d’abord, les stations gazole des transporteurs routiers. Ensuite, le prix très attractif du fuel domestique a encouragé les particuliers à faire des réserves. La demande sur ces deux segments nous a permis d’éviter la catastrophe, même si sur le seul mois d’avril, notre chiffre d’affaires a diminué de 50 % par rapport à l’année précédente.

À partir de mi-mai, l’activité a repris. Juin a été un très bon mois, de même que juillet-août car les gens sont quand même partis en vacances. Puis il y a eu le second confinement. Certes, il a été moins restrictif, les Français ont continué à travailler. Mais quand on regarde les chiffres de plus près, chaque mois nous perdions 7 à 8 % de chiffre d’affaires par rapport à 2019. Et ces baisses vont durer jusqu’à ce que nous ayons fait le tour du cadran, c’est-à-dire jusqu’en avril 2021. Toutefois, les chiffres resteront mauvais par rapport à 2019. Le redémarrage risque, par ailleurs, d’être relativement mou. Je ne crois pas trop à une reprise accélérée.

Quelles ont été les mesures prises dans l’entreprise et les conséquences opérationnelles ?

M. C. : des mesures classiques : mise en place du chômage partiel, gel des financements en cours… En revanche, nous n’avons pas opté pour le report des impôts et charges sociales. Geler les investissements des financiers nous a permis de passer le cap sans que notre trésorerie souffre trop et sans casse sociale : nous n’avons pas eu besoin de licencier. Nous avons, en revanche, enregistré 3 démissions de salariés qui ont pu trouver d’autres activités chez des transporteurs qui faisaient face à une grosse demande, par exemple parce qu’ils faisaient de l’alimentaire et avaient donc d’importants besoins de recrutement.

Mais ils ont été remplacés depuis septembre car nous savons que nous aurons de nouveau des besoins. Parce que nous finirons par sortir de cette crise. En tout cas, je l’espère comme tout le monde.

En termes d’impacts opérationnels, la productivité a été fortement ralentie, du fait des situations à gérer, du respect des gestes barrières, etc. Notre activité a aussi été perturbée par les cas contacts car autant pour les métiers de « bureau », il est possible de mettre en place le télétravail assez facilement, autant pour les conducteurs, cela signifie 10 jours d’arrêt. La prise en charge est certes payée à l’entreprise via les indemnités journalières, mais cela perturbe logiquement la productivité. Donc nous avions déjà une activité en retrait d’environ 8 % et à cela, il faut ajouter une baisse de 2 à 3 % de productivité.

Avez-vous des projets de diversification ?

M. C. : la diversification n’est pas simple dans le transport. D’autant plus que nous avons des matériels très spécialisés, avec lesquels nous ne pouvons pas faire n’importe quoi. Il faut donc éventuellement investir dans du matériel différent. Mais surtout, cela nécessite une agressivité tarifaire qui risque d’éroder la rentabilité d’entreprise. Donc c’est une chose à laquelle je réfléchis, mais ce n’est pas évident.

Et la diversification géographique ?

M. C. : nous n’avons pas de demande, donc je n’en vois pas vraiment l’intérêt. Et il y a des structures familiales similaires dans d’autres régions, donc nous ne l’envisageons pas vraiment pour l’instant.

La seule chose qui est envisageable, c’est d’ouvrir le capital à un groupe de transport, si le besoin s’en faisait vraiment sentir. C’est une porte que nous ne fermons pas, car si les difficultés persistent, il faudra trouver une solution.

Fiche d’identité
Dénomination : Transports Chalot
Activité : transport de matières dangereuses
Chiffre d’affaires 2020 : 7,8 M€
Effectif : environ 80 personnes
Siège social : Strasbourg (67)


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MEZIANI Hélène 29 avril, 2021
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