Crédit photo : JAST
Quel est votre parcours et comment avez-vous décidé de racheter JAST ?
Charlène Pauly : j’ai une formation complète en transport routier, avec un BTS Transport & Logistique. J’ai également passé tous mes permis poids lourds et j’ai les capacités de transport pour les véhicules de moins et de plus de 3,5 tonnes. J’ai toujours travaillé dans le transport : d’abord bénévolement dans l’entreprise d’événementiel de mes parents qui exploitaient leurs propres poids lourds, puis j’ai eu plusieurs expériences dès l’obtention de mon BEP et de mes permis. Après mon BTS, j’ai été embauchée en CDI dans l’entreprise où j’avais fait mon alternance, avant d’occuper plusieurs postes en exploitation dans d’autres entreprises.
Mais l’idée de reprendre JAST Transport est venue de mon conjoint, qui souhaitait racheter une entreprise. Il s’intéressait au secteur de l’ingénierie qui correspond plus à sa formation, mais il a identifié JAST, dont le dirigeant partait à la retraite et dont l’activité correspondait à mon domaine. De mon côté, j’avais aussi envie d’entreprendre, mais je ne me voyais pas le faire seule.
Comment s’est passée la reprise ?
C. P. : le projet a démarré en 2020, et la reprise s’est concrétisée en 2021. L’ancien dirigeant nous a accompagnés les 2 premiers mois et nous a formés. Ensuite, il nous a rapidement laissé les rênes, et il a fallu se lancer. Et là, nous nous sommes vite rendu compte que nous ne connaissions pas vraiment l’entreprise. Il nous a fallu environ une année pour l’apprivoiser. Au départ, nous avons essayé de ne pas trop changer, puis il a fallu que nous y mettions notre patte. Le plus difficile, au final, c’est la partie RH et la gestion du personnel. Cela va faire 5 ans que nous avons racheté JAST et nous sommes encore en train de découvrir notre management : il y a des choses que nous avons apprises, mais nous faisons encore des erreurs.
Quelles sont les activités de l’entreprise ?
C. P. : chez JAST, nous avons plusieurs activités complémentaires. Nous faisons de la location de véhicules avec chauffeur et du transport express, notamment pour des urgences comme un arrêt de chaîne, une livraison imprévue ou une marchandise oubliée sur un quai. Enfin, nous réalisons du transport dédié lorsque les clients ne souhaitent pas mutualiser leur marchandise, par exemple parce qu’elle est à forte valeur ou fragile et qu’ils veulent limiter le risque de casse ; dans ce cas, ils préfèrent éviter la messagerie. Les clients sont assez diversifiés, mais ce sont principalement des industriels.
Nous travaillons surtout en région parisienne et en régional, dans les Hauts-de-France. Nous réalisons aussi une part plus réduite en national et en international, autour de 20 % de notre activité.
Quels sont les projets que vous avez menés depuis le rachat ?
C. P. : à la reprise, notre première inquiétude était la dépendance à un seul client, qui représentait environ 60 % du chiffre d’affaires. Cela nous a poussé à faire de la diversification commerciale notre priorité, avec un vrai travail de prospection. Nous avons dû également développer notre réseau local, puisque nous venions de région parisienne et que l’entreprise est implantée dans l’Oise, où nous ne connaissions personne. Je dirais que cela nous a pris environ 3 ans.
Ensuite, en 2025, nous avons repris le portefeuille clients et les salariés de l’entreprise ETT (Express Transport Tournier), qui avait une activité très proche de la nôtre. Le dirigeant partait à la retraite et n’arrivait pas à céder son entreprise ; au moment où nous sommes intervenus, la situation était déjà trop dégradée.
Nous nous sommes aussi développés dans le lourd : quand nous avons racheté JAST, l’entreprise ne faisait que du transport de moins de 3,5 tonnes. Le dirigeant nous avait notamment choisis parce que j’avais la capacité de transport au-delà de 3,5 tonnes. Nous avons acheté notre premier poids lourd en 2022, puis début 2025 nous avons acheté un deuxième poids lourd, un 26 tonnes, qui doit arriver dans l’année.
Enfin, nous avons également étudié un projet de reprise dans le super lourd, qui ne s’est finalement pas fait, mais nous restons en recherche active. En parallèle, nous continuons à investir pour développer JAST en interne. L’un de nos objectifs est de renforcer notre développement vers le Nord. Mais nous voulons avancer progressivement, en investissant avec prudence pour ne pas fragiliser l’entreprise.
Comment l’activité a évolué depuis le rachat ?
C. P. : le chiffre d’affaires n’a fait qu’augmenter. En 2021, nous faisions 1 M€. En 2025, nous avons fait 1,3 M€, malgré la fin d’un gros contrat de 300 K€ en messagerie. L’objectif de cette année est d’arriver à 1,6 M€. En janvier, nous pensions faire 90 K€ et nous avons fait 130 K€ : c’est notre meilleur mois de janvier depuis la création de l’entreprise !
Quelle est la répartition des responsabilités entre vous et votre mari ?
C. P. : moi, je suis plus sur l’opérationnel et l’administratif : comptabilité, gestion, etc. Mon mari est plus sur les stratégies commerciales et marketing, le développement… En tant que femme, ce n’est pas toujours facile. Je suis souvent en première ligne, notamment parce que c’est moi qui vois le plus les clients. J’ai eu un premier enfant deux ans après le rachat de l’entreprise et je suis actuellement enceinte du deuxième ; j’accouche dans un mois. Ce n’est pas simple de faire ce choix-là et d’essayer d’avoir une vie « normale » tout en dirigeant une entreprise, parce que c’est très prenant. Mais nous avons fait monter en compétences un salarié présent depuis 14 ans dans l’entreprise, et il est avec moi sur la partie opérationnelle, ce qui me permet d’être un peu moins sur les plannings et un peu plus sur la partie RH et comptabilité.
Fiche d’identité
Dénomination : JAST
Activité : transport routier de marchandises
Chiffre d’affaires : 1,3 M€ en 2025
Flotte en 2026 : 21 véhicules
Web : www.jast-sas.fr
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