[INTERVIEW] EN UNE DEMI-JOURNEE, LA DECISION ETAIT PRISE DE NOUS LANCER !
La toute jeune société Nomade construit des mini-maisons pour un mode de vie nomade et écologique. Retour sur un démarrage confronté au défi de la hausse des coûts avec Céline Goujon, cofondatrice.
4 août, 2022 par
[INTERVIEW] EN UNE DEMI-JOURNEE, LA DECISION ETAIT PRISE DE NOUS LANCER !
TIPHANEAUX Sabrina


Comment avez-vous eu l’idée de vous lancer dans la construction de tiny houses ?

Céline Goujon : Laurent Delachoux, mon compagnon et associé, est ingénieur mécanique de formation et travaillait dans une entreprise de sécurité automobile. Quant à moi, j’étais architecte dans une agence rouennaise. En parallèle, nous avions rénové nous-même notre maison pendant 4 ans. Cette expérience nous a convaincus que nous voulions changer de voie et exercer une activité plus manuelle. Mais nous n’avons pas tout de suite pensé à la construction de tiny houses.

Quel a été l’élément déclencheur ?

C. G : pendant nos vacances, en août 2020, le frère de Laurent nous a parlé d’une de ses amies qui avait construit sa propre tiny house au Canada. Nous ne connaissions pas du tout ce concept, mais cela nous a tout de suite séduits. En une demi-journée, la décision était prise de nous lancer. Le petit coup de pouce du destin a été l’annonce d’un plan social dans l’entreprise qui employait Laurent. Nous nous sommes alors dit que c’était l’occasion de transformer un évènement négatif en quelque chose de positif.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le concept des tiny houses ?

C. G : tout ! C’était un moyen de nous lancer dans une activité manuelle mais à petite échelle, car nous n’étions que deux. De plus, nous pouvions mettre à profit nos savoir-faire respectifs. De mon côté, je conservais la compétence d’architecte et, Laurent, la partie ingénierie. Et puis, la dimension écologique correspondait tout à fait aux valeurs vers lesquelles nous voulions tendre.

Comment s’est passée la création de la société ?

C. G : nous avons beau avoir bénéficié de l’aide, notamment de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Seine-Maritime et d’Initiative Rouen, cela a été très difficile. Il faut accumuler une somme d’informations sur des sujets tellement différents ! Nous nous sommes décidés à notre retour de congés en septembre 2020, mais nous n’avons créé la société qu’en mai 2021. Pendant cette période, Laurent a continué de travailler dans son entreprise. Moi, je me suis pleinement consacrée au lancement de notre activité.

La demande a-t-elle été tout de suite au rendez-vous ?

C. G : le démarrage s’est fait sur les chapeaux de roue car nous avions trouvé un client avant le lancement de l’activité. J’avais commencé à prospecter sur les réseaux sociaux et j’ai tout de suite senti de l’intérêt pour ce type d’habitat à la fois pratique, économique et écologique.

Quels sont les profils intéressés par la vie en tiny house ?

C. G : nous rencontrons vraiment tous les profils : des personnes seules qui aspirent à un mode de vie plus minimaliste et proche de la nature, des jeunes en quête d’un premier achat, des retraités attirés par une vie plus nomade… D’une manière générale, ce sont plutôt les femmes qui sont attirées par ce type d’habitat.

Comment sont construites vos tiny houses ?

C. G : nous avons un atelier à Cailly. Nous concevons et construisons tout nous-mêmes. Nous achetons notre bois en France. Le bois d’ossature provient même d’une scierie à 15 km d’ici. Nous utilisons des matières recyclées pour l’isolant, notamment des vêtements usagés.

Quelles sont vos spécificités par rapport à d’autres constructeurs ?

C. G : nous avons beaucoup travaillé sur l’aménagement intérieur et extérieur de nos tiny pour qu’elles ne donnent pas l’impression d’être trop petites ou trop encombrées, comme certains modèles que nous avons pu voir. Les gens sont très surpris par cette impression d’espace, lorsqu’ils rentrent dedans pour la première fois.

Un an après sa création, où en est Nomade aujourd’hui ?

C. G : nous avons 3 projets en cours, qui devraient se concrétiser d’ici peu. Ce sont des temps longs. Entre le premier contact et le démarrage des travaux, il se passe au minimum 6 mois. Sans compter toutes les difficultés auxquelles nous faisons face.

Quelles sont ces difficultés ?

C. G : les tiny houses sont des projets atypiques sur lesquels les communes n’ont pas de recul. Cela peut freiner les services de l’urbanisme sur ce type d’habitat. Il y a aussi une vraie difficulté au niveau du financement. Très peu de banques acceptent de financer l’acquisition d’une tiny house avec un prêt immobilier, car ce sont des habitations sans fondation. Cela suppose de financer son projet avec un prêt à la consommation. Et puis, la guerre en Ukraine et l’inflation des prix des matériaux ont vraiment tout changé.

La crise des matériaux met-elle en risque votre activité ?

C. G : oui, nous sommes très inquiets. Nous sommes obligés de répercuter la hausse des coûts sur nos prix de vente, alors que les clients s’imaginent qu’une tiny, ce n’est pas cher. Ils pensent mettre entre 30 000 € et 40 000 €. Sauf qu’à ces prix-là, nous vendons à perte. En-dessous de 60 000 €, ce n’est pas viable pour nous. Et encore, à ce tarif, nous nous rémunérons très mal !

Comment tentez-vous de vous adapter à ce contexte ?

C. G : nous regardons comment réduire nos charges pour optimiser nos prix de vente. Nous prévoyons aussi de proposer à la location nos propres tiny pour un week-end, une semaine, ou même plusieurs mois, l’occasion de tester grandeur nature la vie en tiny avant de se lancer. De constructeur, nous devenons exploitant, c’est un changement de métier…

Fiche d’identité
Dénomination : Nomade
Activité : construction de tiny houses
Localisation : Cailly (76)
Effectif : 2 associés
Web : https://nomade-tinyhouse.fr/
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TIPHANEAUX Sabrina 4 août, 2022
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