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[INTERVIEW] DÉMONTRER LA CAPACITÉ D’EXÉCUTION

Avec Romain Coispine, Yoann Lacombe a créé Symone, un service de transport des usagers avec leur voiture, qui rebat les cartes de la mobilité durable sur autoroute.
27 janvier 2026 par
[INTERVIEW] DÉMONTRER LA CAPACITÉ D’EXÉCUTION
MEZIANI Hélène

Crédit photo :  symone

Qu’est-ce qui vous a amené à créer Symone ?

Yoann Lacombe : Romain, qui a cofondé Symone avec moi, a eu une 1re carrière de militaire chez les parachutistes. Après quelques années, il a rejoint la PME de son père où il a gravi tous les échelons et a terminé comme directeur. De mon côté, j’ai occupé plusieurs types de postes, au départ dans la banque comme commercial, avant d’évoluer pendant une quinzaine d’années dans le domaine de la formation et des ressources humaines. Donc je dirais que nous avons deux parcours complémentaires. Mais nous sommes aussi alignés sur nos valeurs et sur la manière dont nous voulons entreprendre. Nous nous connaissons maintenant depuis 10 ans, nous nous sommes rencontrés au sein de la Jeune Chambre Économique, qui est une véritable école pour former des jeunes citoyens à la prise de responsabilité. Dans ce cadre, nous avons mené ensemble des projets d’intérêt général.

C’est aussi dans ce cadre que l’idée de Symone est née. Au retour d’un congrès de la Jeune Chambre, après 3 jours de travail (et de fête), il fallait reprendre la route et faire 600 km pour rentrer chez nous. Nous nous sommes dit : « si seulement on pouvait se faire transporter d’un point A à un point B et faire autre chose que d’être derrière son volant ». C’est de là qu’est partie l’idée, puis nous sommes passés à une phase d’étude pour identifier ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas.

Qu’est-ce qui est ressorti de cette phase d’étude ?

Y. L. : chaque jour, en moyenne, c’est plus de 100 000 véhicules légers, donc voitures et motos, qui font des trajets longue distance sur autoroute. Au niveau européen, c’est 800 000 véhicules chaque jour, parce que les alternatives, l’avion ou le train, ne conviennent pas à ces usagers. Ce qui pouvait convenir avant, l’auto-train, a été abandonné en décembre 2019 par la SNCF. Il y avait 30 000 personnes qui utilisaient ce service sur l’axe Paris-Lyon-Méditerranée. Donc aujourd’hui, non seulement nous remplaçons un service qui n’existe plus mais si nous nous projetons, le marché est colossal.

Concrètement, l’objectif de Symone est de permettre aux usagers de voyager avec leur véhicule sans le conduire. Pour cela, nous avons développé un concept d’autocar fonctionnant au bioGNV, sur 2 étages. Les clients s’installent en bas, dans une cabine tout confort, et nous chargeons les véhicules au-dessus. Les trajets se feront de nuit comme de jour, de péage à péage, pour simplifier le trajet des usagers.

Quelles ont été les premières étapes de la création de Symone ?

Y. L. : nous avons posé les premiers jalons en nous appuyant sur des dispositifs comme l’incubateur de notre région Bourgogne-Franche-Comté, DECA-BFC, pour commencer à structurer. Ensuite, nous avons bénéficié de l’accélérateur des start-up de la mobilité de Station F. Ces dispositifs nous ont permis de structurer notre projet, à travers l’étude du marché mais aussi des études techniques, réglementaires et environnementales… Pour intégrer ces structures d’accompagnement, vous faites à chaque fois l’objet d’un audit très poussé avec des experts du domaine, ce qui permet d’avancer avec des gages de viabilité d’un point de vue technique et économique. C’est grâce à cela aussi que, très rapidement, notre projet a été sélectionné et présenté au Parlement européen parmi les 100 solutions européennes considérées comme viables pour accélérer la transition écologique. Car notre objectif est aussi de décarboner les trajets autoroutiers longue distance.

Aujourd’hui, vous proposez ce service pour les motards ?

Y. L. : oui, car sur un tel projet, vis-à-vis des investisseurs, des banques… il faut démontrer la capacité d’exécution. Donc aujourd’hui, nous poursuivons l’opérationnel sur le segment des motards, qui est un segment stratégique car c’est une communauté très forte. C’est un marchepied pour l’étape d’après. Déjà, avec notre version simplifiée, nous commençons aussi à transporter des voitures. Mais le changement d’échelle est prévu pour début 2026, avec la construction de Symone Autocar pour démarrer l’exploitation au 1er trimestre 2027.

Comment allez-vous choisir les lignes ?

Y. L. : l’une des forces de notre service, c’est que nous nous appuyons sur des infrastructures existantes, donc nous pouvons simplement tester de nouvelles lignes. Il y a une certaine souplesse et agilité dans notre stratégie de développement.

Aujourd’hui, nous sommes en capacité d’opérer sur tout le territoire et même un peu en Europe. Il y a 2 manières de fonctionner. Nous mettons en place des trajets sur des lignes sur lesquelles nous savons qu’il y a de la demande, typiquement l’axe Paris-Méditerranée, et les usagers peuvent réserver. Ou ils peuvent nous faire directement la demande. Ce qui est intéressant avec les motards, c’est qu’ils sont assez rapidement en petits groupes de 3, 4 ou 5, donc nous pouvons facilement remplir la remorque de 6 motos et le van de 8 places. Demain, nous aurons une application mobile avec des lignes régulières proposées et la possibilité de réserver un billet par véhicule. Nous souhaitons raisonner par véhicule et non par nombre de passagers. Ce qui est intéressant, c’est que nous avons plein de possibilités pour optimiser, rentabiliser notre modèle, par exemple vendre les places restantes avec des services et médias à bord pour enrichir l’expérience client. Il y a de nombreuses stratégies qui seront à mettre en place et sur lesquelles nous avons d’ores et déjà commencé à travailler.

Fiche d’identité

Dénomination : Symone
Activité : transports de passagers et de véhicules légers
Chiffre d’affaires 2025 : 180 K€ (Objectif CA 2026 : 500 K€)
Web : symone.fr

Copyright : Les Echos Publishing

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MEZIANI Hélène 27 janvier 2026
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