Crédit photo : JOCELYN LUSSEAU
Quel est votre parcours ?
Jean-Christophe Canavesio : après une formation en école de commerce, j’ai travaillé chez Fiat en Irlande et en Angleterre, puis chez Ducati en France sur des fonctions marketing et commerciales. J’ai ensuite consacré une dizaine d’années à l’exploitation d’un circuit automobile dans le Sud-Ouest. À l’issue de cette expérience, on m’a proposé en 2017 de développer un service de calibrage de systèmes avancés d’aide à la conduite (ADAS) en sous-traitance pour les professionnels de l’automobile. À cette époque, ces équipements étaient peu connus. J’ai immédiatement perçu la pertinence du projet et j’ai créé la société Digital Car début 2018, avec une première unité d’intervention mobile au départ de Pau.
Pourquoi les réparateurs ont-ils intérêt à externaliser cette activité ?
J.-C. C. : pour deux raisons majeures. D’abord, la pénurie de main-d’œuvre : les ateliers manquent de techniciens qualifiés. Ensuite, le coût d’entrée : s’équiper correctement pour réaliser des calibrages représente un investissement minimum de 10 à 15 K€ en matériel. La sous-traitance à un spécialiste est donc une solution économiquement rationnelle, qui permet au réparateur de se concentrer sur son cœur de métier. Cette logique a rapidement convaincu les acteurs du secteur. Digital Car a conclu plusieurs partenariats avec des prestataires reconnus, comme les réseaux de carrosserie et de réparation automobile Axial, Five Star et Autonéo, et des réseaux de vitrage automobile tels que A+ Glass et Glass Auto.
À quoi ressemblait le marché à vos débuts ?
J.-C. C. : les ADAS existaient, mais personne ou presque ne les calibrait après une intervention sur véhicule en atelier. C’est la communication de Carglass qui a joué un rôle décisif dans la prise de conscience du secteur. Leurs campagnes publicitaires ont permis une première démocratisation du sujet auprès des professionnels du vitrage. Mais côté carrosserie, le retard reste considérable. Selon nos estimations, 1 véhicule sur 2 repart aujourd’hui d’un atelier avec un ADAS qui aurait dû être recalibré.
Quels sont les freins qui subsistent ?
J.-C. C. : les expertises automobiles n’intègrent pas encore systématiquement la vérification des ADAS dans les rapports de sinistres. Résultat : les assureurs ne provisionnent pas ces prestations, et certains réparateurs ne les facturent pas. Pourtant, la responsabilité du réparateur est engagée. Les « freinages fantômes » – ces déclenchements intempestifs des systèmes de freinage automatique – sont un symptôme concret des risques liés à l’absence de calibrage. La question qui se pose inévitablement est celle du moment où assureurs et experts exigeront un rapport de calibrage systématique après chaque réparation. On en est encore loin.
Outre le calibrage ADAS, votre société propose-t-elle d’autres prestations ?
J.-C. C. : la programmation électronique s’est imposée comme un complément naturel à notre offre de calibrage ADAS. Avant même qu’un radar neuf puisse fonctionner, il doit être programmé par logiciel selon les spécifications du constructeur, en fonction du modèle et des caractéristiques du véhicule. Cela s’applique aussi aux optiques, aux calculateurs ABS, aux colonnes de direction, etc. Nous disposons des accès constructeurs au même titre qu’un concessionnaire, ce qui nous permet de proposer une prestation complète sur site aux réparateurs. Nous proposons également des services de remplacement de pare-brise pour certains clients professionnels, grâce notamment au recrutement de techniciens qui travaillaient auparavant pour des enseignes spécialisées dans le vitrage.
Quelle est aujourd’hui votre couverture géographique ?
J.-C. C. : nous couvrons 95 % du territoire grâce à 64 techniciens. Quelques zones restent à couvrir : Dijon d’ici août, la Corse en octobre, et un périmètre autour d’Aurillac qui devrait être comblé prochainement. L’objectif est d’atteindre une couverture nationale complète avant la fin 2026. Actuellement, notre organisation repose sur des salariés, des associés sur différentes structures, et 4 entités opérant sous contrat de licence de marque avec Digital Car.
Quels chiffres témoignent de l’évolution de votre activité ?
J.-C. C. : nous avons réalisé 35 000 interventions en 2025, et déjà 15 000 sur les 4 premiers mois de 2026. Cette dynamique s’explique à la fois par la hausse de la demande et par notre expansion géographique. Certaines zones que nous n’adressions pas encore l’an dernier sont désormais couvertes, et nous avons renforcé nos effectifs dans des secteurs où nous étions déjà présents.
Avez-vous des concurrents ?
J.-C. C. : la concurrence existe, mais elle reste locale et fragmentée. Certains réparateurs sont équipés en propre et des réseaux comme Carglass ou France Pare-Brise internalisent tout ou partie de ces prestations. Mais actuellement, nous sommes les seuls à proposer une solution nationale, avec une réactivité de 48 à 72 heures (et le plus souvent en 24 à 48 heures), et une capacité d’intervention sur plus de 95 % des véhicules neufs du marché, y compris électriques et hybrides.
Quels sont vos projets de développement ?
J.-C. C. : sur le plan géographique, nous envisageons une expansion en Belgique et en Suisse avant la fin de l’année, vraisemblablement par le biais de partenariats locaux. Sur le plan technologique, nous travaillons au déploiement de solutions de calibrage et de programmation à distance (« en remote »). L’objectif est de devenir le seul acteur capable de proposer à la fois une intervention physique en atelier et une solution distancielle, pour offrir une couverture de service totale.
Fiche d’identité
Dénomination : Digital Car
Activité : calibrage ADAS et programmations électroniques
Création : 2018
Effectif : 64 techniciens
Web : digitalcar.fr
Copyright : Les Echos Publishing