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INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE : 3 NOUVEAUX SYNDICATS POUR REFONDER LE LOBBYING EN FRANCE

Le séisme qui a ébranlé le Leem en janvier a accouché en quelques semaines d’un paysage syndical entièrement reconfiguré. Trois nouvelles structures ont vu le jour, chacune avec ses propres ambitions face aux pouvoirs publics.
13 mai 2026 par
INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE : 3 NOUVEAUX SYNDICATS POUR REFONDER LE LOBBYING EN FRANCE
Hélène SAGNES

Crédit photo : DR

En janvier 2026, la rupture était actée. Les grands laboratoires français du G5 Santé – Sanofi, Guerbet, Servier, Ipsen, LFB, Pierre Fabre et Théa – ainsi que les laboratoires Biocodex et Upsa ont tourné le dos au Leem, syndicat qui fédérait jusqu’alors quelque 280 entreprises et 80 000 collaborateurs. Le reproche central : une organisation jugée insuffisamment réactive face à des enjeux devenus critiques, alors que les entreprises dissidentes soulignent que 40 % des médicaments approuvés ces dernières années en Europe ne sont pas disponibles en France. Thierry Hulot, alors président du Leem, a déploré une décision qui risquait selon lui « de ne pas aider les patients » dans un contexte où « le médicament est devenu un enjeu géopolitique ». L’institution, qui compte encore 260 adhérents, se renouvelle dans le même temps : nouveau conseil d’administration élu le 5 mai, départs de Thierry Hulot et de sa directrice générale, Laurence Peyraut, nouvelle présidence attendue le 9 juin.

Création de 3 nouveaux syndicats

De cette rupture sont nées 3 structures aux identités bien distinctes. En février 2026, MedFrance voit le jour, fédérant les dissidents – dont les membres de l’ex-association Amlis – autour de la défense des médicaments matures et de la santé familiale, avec une quarantaine de PME et ETI. Le 2 avril, Initiative Pharma est lancé par Sanofi, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Servier et Théa, bientôt rejoints par Serb et l’italien Chiesi. Le syndicat revendique plus de 50 % des emplois industriels directs du secteur et 70 % des investissements en R&D, soit 4 Md€. Son ambition : obtenir des pouvoirs publics une valorisation des médicaments conçus et produits en France, dans un pays qui, rappelle Charles Wolf, directeur France de Sanofi, « n’est plus que le cinquième producteur pharmaceutique européen » alors qu’il en était le premier il y a 15 ans. Enfin, le 15 avril, l’ALMA – Alliance des médicaments abordables – succède au Gemme avec une priorité : accélérer le recours aux génériques et biosimilaires. Son président Sébastien Michel résume l’enjeu : « Chaque point gagné équivaudrait à 20 M€ d’économies pour le système de santé », dans un pays où seulement 44 % des médicaments prescrits sont des génériques, contre 84 % en Allemagne.

Cette recomposition inédite du paysage syndical pharmaceutique intervient dans un contexte de fragilisation structurelle de l’industrie française : délais d’accès au marché parmi les plus longs d’Europe, pression persistante sur les prix, fiscalité contestée et tensions croissantes sur l’approvisionnement. À un an de l’élection présidentielle, chacune de ces nouvelles structures entend peser sur les arbitrages à venir. Reste une question ouverte : cette fragmentation permettra-t-elle de porter une voix plus efficace auprès des pouvoirs publics, ou au contraire de diviser des forces dont la cohésion était déjà mise à l’épreuve ? Pour un système de santé français sous contrainte budgétaire chronique, la réponse sera déterminante.

Copyright : Les Echos Publishing

Pour aller plus loin, découvrez notre étude "Jeunes pharmaciens : portrait".

INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE : 3 NOUVEAUX SYNDICATS POUR REFONDER LE LOBBYING EN FRANCE
Hélène SAGNES 13 mai 2026
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