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En janvier 2026, la rupture était actée. Les grands laboratoires français du G5 Santé – Sanofi, Guerbet, Servier, Ipsen, LFB, Pierre Fabre et Théa – ainsi que les laboratoires Biocodex et Upsa ont tourné le dos au Leem, syndicat qui fédérait jusqu’alors quelque 280 entreprises et 80 000 collaborateurs. Le reproche central : une organisation jugée insuffisamment réactive face à des enjeux devenus critiques, alors que les entreprises dissidentes soulignent que 40 % des médicaments approuvés ces dernières années en Europe ne sont pas disponibles en France. Thierry Hulot, alors président du Leem, a déploré une décision qui risquait selon lui « de ne pas aider les patients » dans un contexte où « le médicament est devenu un enjeu géopolitique ». L’institution, qui compte encore 260 adhérents, se renouvelle dans le même temps : nouveau conseil d’administration élu le 5 mai, départs de Thierry Hulot et de sa directrice générale, Laurence Peyraut, nouvelle présidence attendue le 9 juin.
Création de 3 nouveaux syndicats
De cette rupture sont nées 3 structures aux identités bien distinctes. En février 2026, MedFrance voit le jour, fédérant les dissidents – dont les membres de l’ex-association Amlis – autour de la défense des médicaments matures et de la santé familiale, avec une quarantaine de PME et ETI. Le 2 avril, Initiative Pharma est lancé par Sanofi, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Servier et Théa, bientôt rejoints par Serb et l’italien Chiesi. Le syndicat revendique plus de 50 % des emplois industriels directs du secteur et 70 % des investissements en R&D, soit 4 Md€. Son ambition : obtenir des pouvoirs publics une valorisation des médicaments conçus et produits en France, dans un pays qui, rappelle Charles Wolf, directeur France de Sanofi, « n’est plus que le cinquième producteur pharmaceutique européen » alors qu’il en était le premier il y a 15 ans. Enfin, le 15 avril, l’ALMA – Alliance des médicaments abordables – succède au Gemme avec une priorité : accélérer le recours aux génériques et biosimilaires. Son président Sébastien Michel résume l’enjeu : « Chaque point gagné équivaudrait à 20 M€ d’économies pour le système de santé », dans un pays où seulement 44 % des médicaments prescrits sont des génériques, contre 84 % en Allemagne.
Cette recomposition inédite du paysage syndical pharmaceutique intervient dans un contexte de fragilisation structurelle de l’industrie française : délais d’accès au marché parmi les plus longs d’Europe, pression persistante sur les prix, fiscalité contestée et tensions croissantes sur l’approvisionnement. À un an de l’élection présidentielle, chacune de ces nouvelles structures entend peser sur les arbitrages à venir. Reste une question ouverte : cette fragmentation permettra-t-elle de porter une voix plus efficace auprès des pouvoirs publics, ou au contraire de diviser des forces dont la cohésion était déjà mise à l’épreuve ? Pour un système de santé français sous contrainte budgétaire chronique, la réponse sera déterminante.
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