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3 jours pour un généraliste, 32 pour un dermatologue, 42 pour un cardiologue : les délais médians d’accès aux soins sont restés relativement stables entre 2023 et 2025. C’est ce que révèle l’analyse du leader français de la prise de rendez-vous médicaux et de la Fondation Jean-Jaurès, fondée sur 234 millions de rendez-vous pris auprès de 80 000 professionnels de santé. Mais les chiffres nationaux masquent une réalité plus préoccupante. Si le délai d’attente pour consulter un médecin traitant est stable pour 49 % des départements, 47 % enregistrent une hausse, et seulement 4 % connaissent une amélioration. Par ailleurs, la part des rendez-vous obtenus au-delà de 7 jours progresse de 3 points pour atteindre 35 %. Au-delà de la médecine générale, la tendance à la dégradation touche plusieurs spécialités : cardiologie, pédiatrie et psychiatrie voient leurs délais s’allonger d’un jour chacun.
Des inégalités territoriales à l’état de fracture
C’est sur le plan géographique que la situation devient véritablement critique. En cardiologie, il faut compter 16 jours d’attente à Paris, contre 164 dans le Gers. De 5 à 153 jours pour une consultation ophtalmologique selon le département : les écarts traduisent une profonde injustice sanitaire. Désertification médicale, démographie vieillissante, départs en retraite non compensés : certains territoires cumulent les fragilités, à l’image de la vallée du Lot, où le maire de Puy-l’Évêque évoque « l’angoisse profonde » de ses administrés face au départ du dernier médecin de village. La géographe Joy Raynaud, coordinatrice de l’étude, le souligne : « Chaque profession a sa propre géographie de l’accès aux soins, qui ne se superpose pas à celle des autres. » La cardiologie est sous tension dans l’arc Occitanie–vallée du Rhône ; l’ophtalmologie et la pédiatrie pèsent sur le Grand Ouest ; la dermatologie fragilise le Nord et le Centre-Est.
Un défi avant tout organisationnel
L’étude délivre un message fort à destination des décideurs et des professionnels de santé : la démographie médicale n’est pas le seul déterminant de l’accès aux soins. La preuve par l’ophtalmologie. En 8 ans, le délai médian y a été divisé par plus de 2 — de 43 à 21 jours — sans augmentation significative des effectifs, grâce au recours massif aux orthoptistes, opticiens et infirmiers en pratique avancée. À l’inverse, la cardiologie, à densité libérale comparable voire croissante, affiche 42 jours d’attente faute d’un modèle organisationnel équivalent. « L’enjeu n’est pas de former davantage de médecins : c’est de mieux organiser le temps médical disponible », conclut l’étude. Un débat qui s’impose depuis longtemps dans le secteur, sans que les réponses apportées jusqu’ici n’aient suffi à enrayer la dégradation dans toutes les spécialités.
Source : Étude Doctolib – Fondation Jean-Jaurès, publiée le 19 mai 2026, basée sur 234 millions de rendez-vous auprès de 80 000 professionnels de santé.
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