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Les chiffres sont connus, mais leur histoire l’est moins. Avec un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025 et plus de 3 400 Md€ de dette cumulée, la France s’inscrit dans des décennies de décisions politiques plus ou moins lourdes d’un point de vue budgétaire. Une étude publiée par FIPECO, le laboratoire d’analyse des finances publiques fondé par l’économiste François Ecalle, est remontée à 1989 pour mesurer, législature par législature, la responsabilité de chaque majorité parlementaire dans la formation de ce déficit. L’outil choisi est « l’effort structurel » : un indicateur qui « permet d’éliminer l’impact de la conjoncture plus complètement que la variation du solde structurel », précise l’auteur. Un outil qui s’appuie sur deux axes : les prélèvements obligatoires d’un côté, la maîtrise des dépenses de l’autre. Lorsqu’il est positif, l’effort structurel est favorable à la réduction du déficit.
Les années Mitterrand et Balladur : les extrêmes
La séquence s’ouvre mal. Sous la législature 1989-1993, la première partie du second septennat de François Mitterrand, les dépenses publiques croissent en volume à un rythme de 3,5 % en moyenne annuelle. Pensions, assurance maladie, éducation : les postes gonflent. L’effort structurel total atteint -1,9 point de PIB, dont -2,2 points imputables aux seules dépenses.
Le retournement est spectaculaire avec la cohabitation Balladur, puis les deux premières années de la présidence Chirac (1993-1997). La croissance des dépenses est ramenée à 1,8 % en volume en moyenne, grâce à des réformes structurelles (retraites, remboursements maladie) et à des hausses fiscales inédites : TVA à taux normal relevée de 2 points, hausse de l’IS, de la CSG, de la TIPP (taxe sur les carburants). Résultat : un effort structurel de +2,3 points de PIB, entièrement porté par les recettes.
La cagnotte et ses lendemains amers (1997-2002)
La cohabitation Jospin marque un coup d’arrêt brutal à l’effort de rigueur. Portée par la croissance de la fin des années 1990, la France dépense et allège les impôts simultanément. Les 35 heures coûtent cher en allègements de cotisations patronales, la TVA est abaissée d’un point, la taxe professionnelle amputée de sa composante salariale. La croissance des dépenses en volume rebondit à 2,4 % en moyenne sur 1999-2001. L’effort structurel s’établit à -2,0 points de PIB, entièrement imputable aux recettes.
Les années 2002-2007, sous Jacques Chirac, n’inverseront pas la tendance.
Sarkozy, Hollande : crise et redressement
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012) est lourdement pénalisé par la crise financière de 2008-2009 et le plan de relance qui s’ensuit. La croissance potentielle du PIB ralentit brutalement, la dépense publique progresse toujours à 2,0 %. Bilan : -1,45 point de PIB sur la législature.
Le quinquennat de François Hollande (2012-2017) constitue, selon François Ecalle, le second grand épisode de redressement de la période. « De fortes hausses des prélèvements obligatoires » sont mises en œuvre dès le début du mandat, et les baisses ultérieures restent « de bien moindre ampleur ». La croissance des dépenses est ramenée à 1,1 % en volume. L’effort total atteint +2,1 points de PIB, presque exclusivement assis sur la fiscalité (+2,45 points).
Macron I : entre austérité et quoi qu’il en coûte
Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron est le plus de la période. Il s’ouvre sur un fort ralentissement des dépenses (-0,6 % en volume en 2018), mais bascule en 2020 avec la pandémie : +3,3 % de dépenses en volume, puis +3,0 % en 2021. Côté recettes, les choix politiques pèsent lourd : suppression de la taxe d’habitation, baisse de l’IS, allègements de cotisations. L’effort en recettes sur la législature 2017-2022 atteint -2,2 points de PIB. Au total : -3,45 points, le pire bilan de toutes les législatures étudiées.
Macron II : reflux contrarié
Les législatures 2022-2024 (+0,75 point) et 2024-2025 (+0,5 point) affichent des efforts positifs, portés par l’extinction progressive des dépenses exceptionnelles post-Covid et une remontée des prélèvements. Mais ces redressements restent modestes face à l’ampleur du défi et sont mis en péril par l’absence de majorité et l’instabilité politique qu’elle génère.
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