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L’artisanat du bâtiment reste enlisé. Après une année 2025 particulièrement dégradée, l’activité recule encore de 1,5 % sur un an au 1er trimestre 2026, selon les chiffres publiés le 29 avril par la CAPEB, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment. Un bilan décevant, alors même que plusieurs indicateurs immobiliers commencent à se redresser. Les ventes dans l’ancien repartent, le crédit à l’habitat se redresse, les autorisations et mises en chantier frémissent. Mais, sur le terrain, ces signaux ne se traduisent pas encore dans les carnets de commande.
La construction neuve, qui représente environ un tiers de l’activité des artisans, continue de décrocher (-2,5 %), tandis que l’entretien-amélioration limite la baisse à -1 %. Les carnets de commandes plafonnent à 80 jours, un niveau trop juste pour offrir de la visibilité. Même la rénovation énergétique, pourtant érigée en priorité nationale, s’enfonce encore (-1,5 %), signant un 6e trimestre consécutif de recul.
« La crise de trop »
À ces fragilités structurelles s’ajoute un nouveau choc externe. La remontée des prix du pétrole et des matériaux, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, ravive la pression sur les coûts. 3 artisans sur 10 disent déjà en subir fortement les effets. En première ligne, les déplacements vers les chantiers sont directement impactés dans 85 % des cas. Pour 44 % des artisans interrogés, les hausses se diffusent aussi via les fournisseurs, les coûts de transport et les matériaux.
« Avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, nos entreprises subissent un nouveau choc qu’elles ne peuvent plus absorber. C’est la crise de trop », prévient Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB. Le secteur garde en mémoire l’épisode de 2022 : la guerre en Ukraine avait entraîné une flambée des prix de l’ordre de 30 %, suivie de 2 années de récession.
Dégradation des marges
Le secteur est inquiet. La situation financière des entreprises se tend nettement. Les marges de manœuvre, déjà étroites, continuent de se réduire. Le solde d’opinion des chefs d’entreprise sur l’état de leur trésorerie chute à -18 points. Un quart des entreprises déclarent des besoins de financement, à hauteur de 24 000 € en moyenne. Dans le même temps, les marges s’érodent : 19 % des entreprises signalent une baisse, contre seulement 6 % une amélioration. Dans près de 7 cas sur 10, la hausse des coûts est directement en cause.
Le marché du travail suit la même pente. Fin 2025, environ 12 200 emplois ont été détruits en un an dans les entreprises de moins de 10 salariés. Et les perspectives restent mal orientées : les intentions de réduction d’effectifs l’emportent désormais sur les projets de recrutement.
Pour la CAPEB, l’équation devient critique. Faute de réponses rapides et lisibles des pouvoirs publics, le timide frémissement observé dans l’immobilier pourrait rester sans effet. Voire s’éteindre avant même d’avoir produit ses premiers résultats.
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