NOUS STANDARDISONS LE PROCESSUS DE PRODUCTION, PAS L’OBJET FINAL !

NOUS STANDARDISONS LE PROCESSUS DE PRODUCTION, PAS L’OBJET FINAL !

En transformant des conteneurs en logements, Clément Gillet révolutionne le monde de l’habitat. Retour sur le succès de sa PME, entrée dans le giron du groupe Eiffage en juillet 2019. Interview du fondateur et directeur du développement de B3 Ecodesign.

Quel est le parcours qui vous a conduit à la tête de B3 Ecodesign ?
Clément Gillet : je suis architecte de formation. En 1996, à la fin de mes études, j’ai fondé mon propre cabinet d’architecture à Rennes. Seulement, au bout d’une dizaine d’années, j’ai commencé à m’ennuyer dans mon métier. Les commandes que je recevais étaient, pour la plupart, identiques, avec les mêmes programmes de travaux, et surtout, les mêmes contraintes financières.
J’ai senti le besoin de concevoir des logements plus performants, plus design, mais aussi moins chers, pour pouvoir resolvabiliser toute une frange de la population en difficulté face à l’acte d’acheter ou de louer un logement. J’avais en tête qu’on pouvait construire différemment, moins cher et plus vite, en m’inspirant de ce qui se pratiquait dans l’industrie et, en particulier l’automobile.

Avec l’utilisation de conteneurs ?
C. G. : oui, le conteneur est un très bon outil de travail : il y a déjà les murs, un plancher, un plafond, et un volume approprié à un usage domestique. Il permet aussi d’avoir des constructions légères, avec un faible impact sur les fondations. Mais, surtout, le conteneur peut être assemblé et aménagé en usine, avant d’être transporté sur site. Cette industrialisation de la production permet d’optimiser les délais et les coûts de construction.

Le succès a-t-il tout de suite été au rendez-vous ?
C. G. : pas vraiment… En 2006, j’ai présenté mon projet à des élus et des techniciens de Rennes Métropole. Comme j’avais eu un certain succès sur d’autres projets « classiques », je pensais que j’obtiendrais leur confiance, mais ce ne fût pas le cas ! Il faut dire que l’habitat modulaire en était vraiment à ses prémisses.
Je me suis alors mis en tête de fabriquer un prototype. En un peu plus d’un an et demi, j’ai réalisé une maison que j’ai appelé la Crossbox. À la fin de l’année 2010, j’ai de nouveau rencontré les élus et les techniciens de Rennes Métropole et le prototype a fait l’unanimité. Ils m’ont commandé un programme de 11 maisons, qui a été le point de départ à la création de B3 Ecodesign.

Présentez-nous votre société
C. G. : notre spécificité est d’intégrer toute la chaîne, de la conception du projet à sa réalisation. Nous standardisons le processus de production, mais pas l’objet final ! Nos architectes se chargent de concevoir un produit unique pour chaque client. La fabrication de ce que nous appelons les « boîtes » se fait ensuite dans nos propres ateliers de production. Nous avons bénéficié il y a quelques années d’un plan de revitalisation et de réindustrialisation du bassin rennais qui nous a permis d’intégrer l’usine PSA La Janais, près de Rennes. Nous avons repris 25 de leurs salariés et bénéficié, en échange, de leur expertise industrielle. Ils nous ont aidé à construire notre atelier en nous appuyant sur les bonnes pratiques du lean manufacturing, utilisé dans la construction automobile. Cette étape a marqué un tournant majeur dans le développement de notre société.

Combien de programmes avez-vous livré jusqu’à présent ?
C. G. : entre 150 et 200 logements sont sortis de nos lignes de production. Nos habitations sont majoritairement implantées en première et deuxième couronne des grandes métropoles. D’ici fin 2019, nous allons livrer à Trélazé, près d’Angers, le premier bâtiment d’un programme qui comptera 36 logements locatifs et sera réalisé par l’assemblage de 103 containers. Ce sera le premier de cette ampleur en France !

Qui sont vos clients ?
C. G. : plus des deux tiers d’entre eux sont des bailleurs sociaux. Pour le reste, nous travaillons pour des entreprises, des écoles, des crèches… C’est une demande que nous n’avions pas forcément identifiée au départ, mais qui se développe. Par la suite, nous pourrons nous lancer sur le logement étudiant, les résidences pour personnes âgées dépendantes ou encore les immeubles de bureaux.

Qu’est-ce qui les séduit dans votre offre ?
C. G. : certains sont séduits par le design, d’autres par la dimension écologique et environnementale de nos projets. Le prix est également un facteur important. Tous ces aspects se retrouvent d’ailleurs dans la dénomination de notre société.

Après près de 10 ans d’existence où en est B3 Ecodesign aujourd’hui ?
C. G. : nous sommes en pleine phase de croissance ! Nous avons réalisé, en 2018, un chiffre d’affaires de 6 M€ pour un effectif de 38 personnes. La demande pour l’habitat modulaire connaît un succès fulgurant. Alors que les coûts des travaux traditionnels ne cessent d’augmenter, nous arrivons avec des solutions plus rapides, moins chères et plus respectueuses de l’environnement.
Mais, jusqu’à présent, notre principale problématique était la gestion de notre trésorerie. Nous manquions de fonds propres pour investir et répondre à la demande. C’est pourquoi nous venons de nous adosser au groupe Eiffage. L’opération a été annoncée en juillet 2019, c’est tout récent.

Votre entrée dans le giron du groupe Eiffage marque une nouvelle étape…
C. G. : en effet, je ne suis plus actionnaire de l’entreprise, mais j’en reste le Directeur du développement. L’objectif désormais est d’accroître notre volume de production pour optimiser encore davantage nos coûts. Nous estimons que nous pouvons, à terme, les réduire de 30 % par rapport aux modes de construction traditionnels, contre 15 % actuellement.

Quels sont vos autres projets ?
C. G. : les Jeux Olympiques de 2024 sont un sujet qui va évidemment nous intéresser. Mais en priorité, nous souhaitons développer des synergies avec Eiffage. Jusqu’à présent, nous nous sommes surtout concentrés sur la région rennaise, même si nous avons également des chantiers à Brest, à Nantes, à Angers, au Mans et à Toulouse, par exemple. Grâce à l’appui du groupe, nous ambitionnons désormais une démultiplication des projets dans toute la France... Nous regardons aussi vers l’international. Ce que je peux vous dire, c’est que nous occupons, sur notre site de Rennes, une surface de 4 500 m2 dans un bâtiment qui en fait 45 000. Cela laisse entrevoir quelques développements !

Pour aller plus loin découvrez notre étude sur l'habitat modulaire


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